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Les publicitaires ont l’une des professions les plus détestées par les québécois. Le sondage annuel de Léger Marketing sur les professions montrait en 2007 que seulement 31% des québécois leur faisaient confiance, les seuls niveaux de confiance plus bas étant retrouvés chez les politiciens et les vendeurs d’automobiles usagées. Les publicitaires et divers conseillers en image l’ont mérité; ils ont bien montré à travers les années qu’ils étaient prêts à utiliser le mensonge, les demi-véritées, la culpabilisation, en gros n’importe quoi, pour vous rentrer la marque de leur patron dans la tête. Leur définition de tâche est fondamentalement en conflit irréconciliable avec les intérêts du consommateur: ils sont payés par sa propre argent afin de le convaincre de consommer plus du produit à vendre. Étrangement, depuis quelques années, une nouvelle race de marketeux est apparue et semble ne pas être affectée, pour le moment, par la mauvaise opinion des gens face aux publicitaires. Ils s’octroient eux-mêmes plusieurs titres: spécialistes du web 2.0, gestionnaires de communauté, web-guru, stratèges web, consultants web 2.0, etc… Parce qu’ils se sont approprié l’image du web qu’ils n’ont pas du tout contribué à créer, ces agents infectieux vampiriques se déguisant en « amis » n’ont pas encore été affectés par la vague d’incrédulité qui, dûment, touche les autres publicitaires. Mais à voir leur comportement, ça ne saurait tarder.

La fraude 2.0

L’apparition de ce que l’on appelle le web 2.0 est un des évènements les plus importants dans l’avènement d’un Internet démocratique permettant l’expression et la collaboration des utilisateurs dans des projets personnels ou communautaires. Dans certains cas, les meilleurs exemples du web 2.0 sont réellement à but non-lucratifs. Wikipédia et Wordpress sont de bons exemples. Parfois, des intérêts économiques étaient derrière la création d’outils de communications (les outils Google, Facebook, Twitter, etc…) mais dans tous les cas, la communauté s’est emparée de ces outils et en a fait ce qu’elle voulait, pour les intérêts des individus qui la formaient. La fraude 2.0, c’est de s’approprier le réseau qui a été mis en place à l’origine par des individus sans intentions lucratives en utilisant ses utilisateurs comme des outils de passation du message, comme des vendeurs ni plus ni moins. Il y a une ressemblance certaine entre la publicité dite virale et les méthodes de vente que l’empire Tupperware a utilisé pour envahir les salons américains et québécois: dans les deux cas on utilise une figure familière pour passer le message plutôt qu’un vendeur inconnu. Quoi de mieux pour représenter sa marque que le visage d’un ami. C’est ainsi que des compagnies de boisson, des producteurs de film, des webmestres et autres vendeurs de cochonneries vous utilisent dans le but de passer leur message. Les jeunes, qui devraient être parmi les plus aptes à comprendre qu’ils sont ainsi utilisés, se portent joyeusement volontaires pour passer ces publicités à leurs amis malgré leur conscience du phénomène. Pire encore, les blogueurs, les spécialistes de la technologie, et même les animateurs de télévision concernant les phénomènes web se font porte-paroles des compagnies utilisant ces stratégies, comme lorsque EA Sports a fait circuler un vidéo viral à propos d’un supposé bug dans leur jeu Tiger Woods 2009 qui était finalement une grosse stratégie de marketing viral. On voit dans ce cas particulier que les compagnies conseillées par ces spécialistes du marketing viral n’hésitent pas à tourner les coins ronds, à faire semblant que le vidéo est une réponse spontanée alors qu’elle est une campagne de publicité toute planifiée depuis le début. Les publicités virales demeurent sexy pour le moment parce que c’est nouveau, mais le jour n’est pas loin où on en voudra autant à un publicitaire 2.0 qu’à un publicitaire 1.0 pour nous avoir menti.

Si les marketeux soi-disant spécialistes du web 2.0 veulent continuer d’être respectés par le public, ils devraient reconnaître tout d’abord la valeur de l’Internet sans leur présence. Ce ne sont pas eux qui ont bâti la plupart des outils du webs dits 2.0, et ces outils méritent d’être utilisés avec un respect beaucoup plus grand que celui avec lequel ils l’utilisent. Surtout, à chaque fois qu’ils mentiront ou qu’ils créeront des vidéos faussement spontanées comme celui de EA Sports pour le jeu vidéo Tiger Woods, ils perderont un peu plus de leur crédibilité. Aussi, s’ils veulent être respectés des utilisateurs, l’utilisation de certains termes devrait être laissée de côté; ça me donne envie de vomir quand je lis des titres comme « community manager ». C’est d’un manque de respect infini pour les individus qui forment la dite communauté. Comme si j’avais besoin d’être managé.

L’obsession pour l’aspect technique

Il y a une chose qui manque trop souvent dans les exposés et dans les flux Twitter de ces prophètes auto-proclamés du web, c’est la mention que malgré tous les outils disponibles et toutes les façons de les utiliser, ce n’est pas l’outil qui fait le contenu et à la fin le contenu, c’est tout ce qui compte. C’est le genre de détail qui nous permet de différencier les petits joueurs des gens qui connaissent profondément le web. Une personne comme Michelle Blanc vous parlera des différents outils tels que Twitter mais prendra généralement le temps de spécifier que vous auriez beau avoir trouvé un truc pour augmenter à plusieurs milliers vos « suiveux », ce qui compte ce n’est pas seulement le nombre mais l’intérêt que ces gens ont pour votre contenu. C’est le genre de sagesse dont tous les soi-disant spécialistes en marketing web devraient s’inspirer. Mais plutôt que d’entendre ce genre de réflexions, tout ce que l’on voit défiler sur leurs comptes Twitter sont les derniers outils à la mode, les dernières méthodes pour augmenter votre nombre d’amis, les « 10 meilleurs trucs pour si » et « 10 meilleurs trucs pour ça ». Plutôt que de gazouiller et re-gazouiller les mêmes cochonneries, commencez donc par avoir une vraie idée originale, et une fois que ce sera fait, là ce sera le moment de vous demander quels outils utiliser pour la mettre en oeuvre.

En 1960, une technologie extrêmement révolutionnaire est apparue; ça s’appelait la caméra portable. Ça a permis aux cinéastes de sortir des studios et de filmer la vie des gens au quotidien. On doit à l’invention de cette technologie de grandes oeuvres documentaires ou docu-fictions comme celles de Pierre Perreault et de Michel Brault. Or que serait-il arrivé si ces cinéastes, plutôt que de sortir dehors et filmer la vie des québécois, se seraient filmés eux-mêmes en disant à la caméra: « hey regardez comme c’est merveilleux c’te nouvelle technologie là. Hey on peut faire pleins d’affaires regardez on peut filmer du monde. Hey c’est le fun voici mes 10 meilleurs trucs pour filmer du monde. » ? Ils seraient disparus dans l’oubli. C’est de la responsabilité des jovalistes du web 2.0 d’y participer plutôt que d’en prophétiser seulement l’aspect technique.

Conclusion

En web-consultation, il y a le meilleur comme le pire. Malheureusement comme c’est le cas dans plusieurs domaines, le pire représente la proportion la plus importante et les personnes de qualité sont diluées à travers cette mer de médiocrité. Mon conseil à ces gens de qualité qui comprennent réellement le web et ses communautés: dissociez-vous des mauvaises utilisations de la publicité virale, des prophètes auto-proclamés et des amateurs qui pensent qu’en s’ouvrant un compte Twitter ils deviennent soudainement des spécialistes. Sinon tôt ou tard, vous rejoindrez les autres publicitaires dans le sondage Léger Marketing parmi les professions en lesquelles les québécois ont le moins confiance.

Intéressant

Samedi, 13 décembre, 2008
publié par le TViste 2:29

Pour le prix de publicité de l’année, je suggère l’annonce de Blou, ce groupe de musique acadien qui nous apprend que le Père Noël est un acadien.

Ne m’faites pas acroire qu’y'a un logis au pôle nord

Au Groenland, en Sybérie ou je n’sais trop où encore.

J’aime bien le rythme de la musique, le fait que le chanteur a l’air saould, et le public qui s’est rejoint dans une genre de cabane à sucre ajoutée par bluescreen pour taper des mains à la musique.

J’vous jure que l’Père Noël c’t'un acadien hé hé.

Ça me surprend toujours que l’industrie de la musique soit capable de se payer une dizaine de figurants pour tourner une publicité et qu’elle réussise aussi à payer pour les coûts de diffusion. Avec le piratage, on s’attendrait à ce que ce soit impossible. Un gros gros succès au Québec, c’est quoi, un disque platine ? 100,000 copies donc ? À 20$ chaque ? Ça fait 2 millions de dollar. Avec ça faut payer le chauffage du magasin de musique HMV ou autre, la caissière qui scan le CD, les profits du distributeur, les profits du producteur, le salaire du gérant, le studio qui enregistre les chansons, le gars qui fabrique les micros, l’imprimante qui imprime le cover du CD, toute la chaîne de techniciens qui vont travailler soit dans la production du plastique, du CD, du livret à l’intérieur, etc… Il en reste combien pour le gars qui joue de l’accordéon, aucune idée.

Pour ce qui est du site web, c’est poche. On dirait qu’il y a encore des fabricants de site web qui continuent de fourrer leurs clients en concevant des sites webs dignes de 1996. J’ai bien hâte qu’on passe à un web un peu plus vivant. J’ai bien hâte qu’on ne puisse pas se prétendre ‘designer de site web’ juste parce qu’on sait faire des beau dessins et du flash. Gérer un site web, c’est créer quelque chose de vivant, c’est de se soucier du contenu. Le site web de Blou, comme le site web de la plupart des artistes, c’est plus un C.V. qu’autres choses. Vous allez me dire que c’est pas si grave, que pour un site à basse popularité c’est correct. Oui mais à ce moment là j’espère que Blou n’ont pas payé 3000$ pour faire faire ce site web, parce que ça vaut pas ça. Et cette manie de répertorier la liste des prix qui ont été obtenus par le groupe, je ne sais pas trop si c’est valable. Êtes-vous fan d’un groupe de musique parce qu’il a gagné 14 récompenses internationales, ou plutôt parce que vous aimez le style musical, les paroles, etc… ???

le TViste

Je n’aime pas les libéraux. Je n’aime pas les conservateurs. Je n’aime pas Stephen Harper. Je n’aime pas Stéphane Dion. Et je n’aime pas les publicités. Mais ce que je n’aime pas plus que tout c’est de me faire prendre pour un cave dans une publicité négative du Parti Conservateur sur Stéphane Dion.

Nos chers analystes politiques nous aurons à peu près tout dit sur les publicités négatives du Parti Conservateur : qu’elles sont négatives, que les québécois n’aiment pas les publicités négatives, qu’elles sont rythmées, qu’elles sont agressives, qu’elles montrent le type de stratégie du Parti Conservateur pour le reste de la campagne. Ils auront oublié le principal : elles s’appuient sur des faussetés.

1er mensonge : Stéphane Dion n’a jamais dit qu’il hausserait la TPS. Il était peut-être contre la baisse de TPS à l’époque où elle a été baissée, mais de là à rehausser la TPS à 7% après qu’elle ait été diminuée, c’est complètement ridicule.

2e mensonge : La taxe sur le carbone. Stéphane Dion a parlé d’une taxe neutre, ce qui signifie que ce qu’il prendrait au niveau de l’imposition du carbone, il le remettrait par une autre voie, alors pourquoi prétendre dans cette campagne de publicité que la taxe sur le carbone est une augmentation de vos taxes.

En plus, les conservateurs se permettent d’essayer de ramener le passé centralisateur de Stéphane Dion, et sa non-reconnaissance de la nation québécoise, comme si eux ils étaient les champions de la défense des intérêts québécois à cause d’une soi-disant reconnaissance de la nation québécoise écrite sur un coin de table, et qui n’a jamais mené à quelque gain concret que ce soit pour le Québec.

Je ne continuerai pas d’énumérer les défauts de ces publicités, ça me donne l’impression que je prends la défense de Stéphane Dion, une idée difficile à supporter pour un souverainiste comme moi. Mais je crois que la malhonnêteté des Conservateurs est un sujet qui devrait commencer à vous inquiéter. Que vous vous excitiez à l’idée d’avoir un gouvernement de droite pour enfin vous libérer de ce que les Fillion de ce monde appellent le monopole de la gaugauche québécoise, à la limite, je suis prêt à le supporter. Mais êtes-vous vraiment prêts à avoir un menteur à la tête d’un gouvernement majoritaire canadien ? Voyant ce qu’il est prêt à faire pour obtenir ce poste, incluant le mensonge, la démagogie dont il fait preuve dans ces publicités, êtes-vous vraiment prêt à vous soumettre aux lois et à la gouvernance de cet homme pendant 4 ans ?

Dites-moi ce que vous en pensez.

le TViste