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Le cirque olympique
On peut dire qu’on en a pour notre argent cette année avec la couverture pathétique des olympiques de Vancouver. J’avais d’abord prédit en Décembre que la couverture par l’ensemble des médias allait tendre vers la propagande canadienne et c’est ce à quoi nous assistons. Cependant je n’aurais pu prédire que les olympiques de Vancouver allaient tourner à un tel cirque.
D’abord V se montre complètement inapte à diffuser un évènement sportif de cet envergure. Aujourd’hui ils nous ont joué en boucle pendant toute la journée leur petit remix des moments les plus importants avec l’insignifiante musique de Marie-Mai. Plutôt que de cultiver une pseudo-fierté canadienne et nous montrer seulement les compétiteurs canadiens, pourquoi ne pas nous montrer l’ensemble des compétitions ? Ça vaudrait certainement mieux que de rejouer la descente de la skieuse canadienne et de ses plus proches compétitrices 10 fois dans la journée. Ensuite on a entouré ces jeux de pleins de gugusses sans intérêts qui ne font que nuire à la qualité des émissions. On a appelé l’émission du matin Le Réveil Olympique et les chroniqueurs qui interviennent se souhaitent Bon Réveil Olympique avant de commencer leurs chroniques. Comme si on voulait pousser avec trop de force l’idée que pendant les jeux olympiques, on change complètement de style de vie.
Mais c’est du côté de Radio-Canada que les efforts de propagande auront été les plus marqués. Hier soir, on diffusait un spectacle qui s’appelait D’un océan à l’autre. Le spectacle était à la hauteur du titre, qui aurait aussi très bien pu être le titre d’un exposé oral d’un ontarien de 6 ans. Le but était de célébrer la culture francophone au Canada, un peu comme on aurait pu célébrer la culture indienne ou la culture grecque au Canada, pas plus. D’abord l’évènement était triplement commandité par nos taxes: il y avait une grande bannière à gauche de la scène qui disait ‘Canada’, une autre qui disait ‘Air Canada’, et le tout était filmé par un équipement mobile impressionnant et diffusé par ‘Radio-Canada’. Strike 3, batter’s out; avec autant de symboles canadiens les organisateurs ont dû se limiter à inviter des artistes clairement non-indépendantistes, pour ne pas dire ouvertement fédéralistes. Il y avait Yann Perreault, Damien Robitaille, Radio Radio. Si ce que j’ai vu hier représente la ‘francophonie canadienne’, aussi bien inscrire le peuple québécois comme culture en voix de disparition. Si seulement toutes ces ressources avaient été dépensées pour quelque chose d’utile, mais non, il y avait plus de gardes de sécurité que de gens du public. La foule devait être constitué d’environs 200 personnes au début du show, probablement des gens qui passaient par là et qui étaient attirés par le bruit que l’on présentait comme de la musique. Les efforts de Yann Perreault pour faire applaudir la foule plus fort auront été vains; on entendait rien.
L’une des constantes du cirque olympique qui ne manque pas à chaque 2 ans, c’est la stupidité tout à fait particulière des athlètes. Le corps humain a ses limites; quand vous choisissez de le pousser à son maximum au niveau physique en l’entrainant 8 heures par jour pour qu’il puisse descendre une pente de ski 10 millisecondes plus rapidement qu’un autre, c’est autant de temps que vous ne passez pas à vous cultiver. Ainsi on a droit aux beaux discours à la fin des performances, mais aucune réflexion. Aucune évolution. Comme l’athlète d’il y a 2 an, puis celui d’il y a 4 ans, celui de cette année est aussi content du support qu’il a reçu de sa famille, de ses parents, de son entraîneur, et du Canada. L’une des athlètes anglophones avait de la difficulté à articuler d’autres phrases que ‘Je suis fière d’être canadien’ (non tu n’es pas canadien tu es canadienne) ou ‘Je remercie le Canada merci beaucoup.’. Savent-elles au moins ce qu’elles remercient ? Et les animateurs jouent le jeu en nous disant qu’ils trouvent ça tellement beau cette jeunesse, cet espoir. Si nos espoirs reposent sur des gens qui descendent des pentes ou qui patinent vite, ça va mal.
Mais il y a quand même de l’espoir. Il y a ces manifestations pour on ne sait trop quelle raison, et c’est ce qui fait que c’est intéressant. Ces groupes qui manifestent dans les rues sont probablement très hétérogènes; il y a des communistes, des amérindiens, des alter-mondialistes, ou simplement des gens qui n’aiment pas la société comme elle est présentement et qui veulent du changement dans n’importe quel sens. C’est drôle parce que les olympiques deviennent le diviseur, l’évènement par lequel on distingue le révolté du mouton. Les olympiques, c’est comme le bouton d’ordinateur sur lequel il fallait appuyer à chaque 108 minutes pour sauver le monde dans l’émission Lost: Vous y croyez, ou vous n’y croyez pas. Il n’y a pas vraiment d’argumentation valable; il y a deux côtés et vous joignez celui que vous préférez. Bienvenue dans le cirque olympique.
Huis clos sur le net: les journalistes sont-ils juste trop cons ?
Quand un journaliste se prononce sur l’Internet, c’est un peu comme lorsqu’une poule sans tête se prononce sur la politique étrangère de l’Inde: faut pas s’attendre à un prix Nobel. C’est ainsi que récemment quelques membres de l’aristocratie journalistique de Radio-Canada et d’autres chaînes françaises se sont regroupés au Périgord pour déguster le canard à l’orange et mettre en œuvre une vaine entreprise vouée à tester les réseaux sociaux quant à leur capacité à informer. Ils appellent ça Huis clos sur le Net et ça consiste en une bande de journalistes moyens qui disent s’isoler en n’ayant accès qu’à Facebook et Twitter comme sources d’informations, comme si leur expérience personnelle, cette découverte si fascinante pour eux de réseaux qui existent depuis plusieurs années avait une pertinence sociale pour l’ensemble de la planète. Leur objectif est donc de voir si en se privant des médias traditionnels, quelqu’un peut arriver à être informé. L’idée ne serait pas complètement folle si l’expérience n’était pas teintée d’un manque de rigueur, d’un snobisme et d’une maladresse caractéristiques des journalistes traditionnels lorsqu’ils parlent de l’Internet.
D’abord permettez-moi de rire un peu du concept: ce n’est pas tous les jours que l’on laisse un journaliste être juge, juré, accusé, et procureur de la couronne en même temps. On le sait, le journalisme tel qu’il est pratiqué ces temps-ci est remis en question, essentiellement par la présence d’autres sources d’information et de commentaire dans les nouveaux médias. De voir une bande de journalistes décider eux-mêmes si oui ou non ces nouvelles sources d’information sont pertinentes laisse un goût d’URSS dans la gorge. C’est une faute grave que de croire que la capacité du journaliste à s’informer ou non sur Twitter est d’un quelconque intérêt pour déterminer la pertinence de ces réseaux pour le consommateur d’information. C’est comme de savoir si Henry Ford serait confortable dans la Matrix de Toyota, ou si le colonel Sanders aimerait les Big Mac. On s’en fout. De toutes façons, la population s’est dirigée vers ces réseaux alors ce n’est certainement pas de la capacité ou non des bénéficiaires de l’ancien système à comprendre le nouveau qu’émergera la réponse à la question de l’utilité de ce nouveau système.
Ensuite, il y a dans cette expérience une prétention incroyablement infantilisante: que la personne qui consomme de l’information par le biais de Twitter, Facebook, ou l’Internet en général ne fait QUE ça. Comme si l’aspect huis clos avait une quelconque correspondance avec la réalité. Les réseaux sociaux, c’est tout le contraire du huis clos. Ce sont des catalyseurs, des lieux de découvertes qui nous permettent de cliquer sur un lien, puis un autre, puis de suivre différents chemins qui nous mènent vers notre information. Le consommateur de Twitter et Facebook, il a aussi la télévision qui est allumée en background, il écoute RDI, il a la radio, et il reçoit probablement des journaux. La position de lutte à finir dans laquelle l’expérience place les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels montre bien le malaise de la caste journalistique quant à l’Internet. Comme s’il fallait nécessairement en venir à une lutte finale et intense dans laquelle l’un ou l’autre des moyens de s’informer gagne.
Finalement, à quoi bon appeler ça une expérience si les conclusions sont écrites dans le ciel d’avance ? Est-ce que vous croyez vraiment que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « L’internet c’est de la marde. Vive les médias traditionnels. » Non. Ça n’arrivera pas. Pensez-vous que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « Les médias traditionnels c’est de la marde. Vive l’Internet. » Non. Ça n’arrivera pas non plus. Ce qui va arriver, c’est qu’ils vont sortir de cette expérience en nous disant qu’il y a un peu de bon dans tout, que l’Internet est un regroupement du meilleur et du pire, que les médias traditionnels préservent leur importance. Bref, des généralités tellement évidentes qu’elles auraient pu faire l’objet d’un exposé oral d’un enfant de 1ere année du primaire.
La caste journalistique n’a ni les capacités intellectuelles ni la capacité à l’objectivité nécessaires pour faire une vraie réflexion sur le rôle de l’Internet dans la transmission de l’information. Qu’ils laissent ça aux vrais scientifiques qui peuvent étudier la question à froid et sans a priori. Non seulement leur petite campagne de propagande/docu-reportage sent l’ignorance à des kilomètres, mais en s’adonnant à un exercice aussi débile ils perdent le peu de crédibilité qu’ils ont encore quant à la question de l’Internet.
le TViste
* P.S. L’entreprise ridicule a aujourd’hui repoussé les frontières de l’incompétence qu’elle avait elle-même tracé. Il semble effectivement que les journalistes-roi auto-proclamés doivent être avertis par les lecteurs de leur blogue à cause de la piètre qualité de leur français écrit. Les textes sont parsemés de fautes évidentes comme l’accord de verbes au participe passé à l’indicatif présent: Voyez ici par exemple. Reconnaîtrait-on la vraie valeur du journaliste que lorsqu’il est laissé à lui-même pour écrire ses textes ?
L’ouverture à sens unique.
Depuis quelques années, la société québécoise se laisse joyeusement gaver des documentaires télévisés prêchi-prêcha sur l’ouverture à l’autre. L’entreprise de culpabilisation massive prise en charge par une poignée de magnats du média québécois me paraît exagérée, surtout considérant que le Québec a une historique d’ouverture à l’autre bien établie. Effectivement les différentes minorités n’ont pas à se plaindre du Québec; il s’agit d’une des sociétés les plus ouvertes qui soit. Nous sommes des leaders en Amérique du nord pour l’accueil des immigrants, l’acceptation des différences comme l’homosexualité et pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Malgré tout on pourrait argumenter que l’acceptation, c’est comme les vitamines: on en a jamais assez, et qu’en ce sens les efforts de culpabilisation de la société québécoise quant à sa façon d’accueillir les immigrants est justifiée puisqu’elle mènera potentiellement à une amélioration du vivre-ensemble déjà extrêmement confortable des québécois et des nouveaux arrivants. D’accord.
Mais le problème c’est quand les tenants même de cette idéologie de l’acceptation aveugle de l’autre, du respect des mentalités qui nous sont étrangères, et du moussage de l’intérêt de la diversité se montrent incapables, de leur côté, à accepter que des personnes pensent différemment d’eux et s’engagent activement dans un effort de décrédibilisation et même de censure de tout ce qui pourrait ne pas aller dans le sens de leur opinion. C’est avec cet effort actif de cette intelligentsia de l’ouverture qui vous accusent de racisme dès que vous dites que vous n’êtes pas d’accord qu’on atteint l’état actuel du Québec : une théocratie du multi-culturalisme où toutes les opinions n’ont pas droit égal à la citation. C’est précisément ce qui s’est passé hier alors que je publiais un article sur Je porte le voile, un documentaire dans la veine du prêchi-prêcha comme il s’en produit en série au Québec ces dernières années. J’exprimais alors mon opinion très simple sur le documentaire et sur la question du voile: c’est un retour en arrière de 100 ans pour le Québec, c’est un signe de soumission, et il est fort souhaitable que le plus de musulmanes possible se retirent de cette pratique. L’article a aussi été publié sur TVQC, où certains utilisateurs ont commencé à me traiter d’extrémiste raciste (!). L’opérateur du site web TVQC a décidé de faire un peu de publicité sur mon article qu’il jugeait intéressant. Il a mentionné mon billet sur la page Facebook du film. Il semble que les opérateurs de cette page, proches de la réalisatrice, ont décidé de censurer la publication de mon billet de blogue. Résultat, on se retrouve avec une belle dizaine de commentaires venant visiblement de musulmans qui ont adoré le film. Aucune discordance, on a éliminé toute personne qui est en désaccord et toute référence à une autre opinion que celles de ceux qui ont aimé le film et qui adorent le port du voile.
Et après on me dit que c’est moi l’intolérant ? Pas sûr. J’aimerais dire 2 choses aux gens qui gèrent cette page Facebook: D’abord bienvenue au Québec, où le désaccord est accepté. Ensuite bienvenue sur l’Internet, où les gens qui ont des opinions différentes aux vôtres peuvent les exprimer sans avoir peur de se faire censurer. C’est une chose que d’utiliser les médias sociaux et de prêcher l’ouverture, c’en est une autre que de vivre à la hauteur des principes que l’on croit défendre.
le TViste
Je porte le voile: La femme qui ne contrôlait pas son destin.
Le documentaire portant sur le port du voile islamique diffusé sur RDI ce soir oscillait entre l’espoir et le désespoir complet. Globalement, le film porte sur une femme-mouton, une suiveuse qui, croyant évoluer au rythme de sa propre liberté, se retrouve à se soumettre aux différentes personnes qui l’entourent. On a le goût d’applaudir à la fin quand elle décide d’enlever son voile, mais on comprend bien qu’il s’agit essentiellement d’un choix esthétique, et qu’elle continuera de se soumettre aux dogmes religieux qui lui sont imposés par un gars qui a écrit un livre il y a 1400 ans. Triste histoire d’une femme soumise qui cherche à qui se soumettre.
Tout commence quand elle rencontre un homme musulman il y a plusieurs années. Première soumission, à son mari. Comme par hasard, c’est précisément au moment où elle tombe amoureuse de cet homme qu’elle sent l’appel de dieu vers l’Islam. Le mari, on le voit au début du film. Sa femme lui pose la question: ‘Que ferais-tu si ta fille décidait de ne pas porter le voile ?’. À cela il répond qu’il ne la battra pas. Mais quelle grandeur d’âme! Quel grand homme! Il fait l’honneur à sa fille de ne pas la battre. Ça, c’est le musulman du 21e siècle: un homme moderne et ouvert. Ensuite il dit à sa fille : ‘Le choix de porter le voile tu peux le faire un peu plus tard, ça ne dérange pas si ça prend un peu plus de temps. L’important c’est que tu fasses comme ta mère. Fais comme ta mère et tout ira bien. Fais ta prière et le voile tu le mettras quand tu seras prête.’. Très intéressant. Parce que les musulmans convertisseurs qui cherchent des québécoises à convertir depuis quelques années et qui s’affichent à la télévision ne cessent de discourir dans les documentaires prêchi-prêcha sur l’ouverture, sur le fait qu’il est important d’accepter les choix de tous, de laisser les gens libres de suivre leur foi. Visiblement, ils ne laissent pas cette liberté à leurs propres enfants. Les douleurs que ces québécoises converties à l’Islam imposent à leurs parents catholiques en se convertissant, elles ne voudraient jamais que leurs enfants leurs imposent à elles ou à leur mari. Dans les 30 premières minutes du documentaire, on entend au moins 5 fois la mère dire à sa fille : En tout cas tu es musulmane ça c’est sûr, peu importe si tu ne portes pas le voile. Ah oui ? J’aurais aimé entendre la fille sur le sujet.
Ensuite, on rencontre les parents de la réalisatrice, qui sont probablement les seules personnes sensées dans l’ensemble du documentaire. Cette scène est très intéressante car on y apprend que les parents sont en total désaccord avec le choix de vie de leur fille. Leur souhait est que les petits enfants ne restent pas dans la religion musulmane. Du propre aveu de la réalisatrice, sous forme de narration, cette rencontre avec ses parents la fait réfléchir sur son choix de porter le voile. Elle remet tout en question quant au port du voile. Deuxième soumission, à ses parents. C’est après quelques rencontres avec des femmes musulmanes qu’elle décide d’enlever le voile. Elle nous explique alors qu’elle portait le voile par conformisme et parce qu’elle était entourée de femmes portant le voile. Troisième soumission, au milieu social.
Finalement l’histoire du voile, c’est une histoire de soumission. De soumission à dieu, de soumission au milieu social, de soumission au conjoint. Le film ne laisse pas de doute là-dessus. On peut souscrire à la néo-vision du voile qu’on nous sort depuis quelques années; qu’il s’agit d’un cheminement personnel, d’un choix, d’une décision que la musulmane prend lorsqu’elle est prête et qu’elle le veut, or je vous le garantis, il n’y a pas de choix libre dans un tel contexte de pression sociale. Il n’y a pas de choix libre quand votre père vous dit que vous pouvez prendre votre temps mais qu’un jour ou l’autre vous devrez le porter. Il n’y a pas de choix libre quand c’est la seule façon d’accéder à certaines mosquées. Il n’y a pas de choix libre quand toutes s’entendent pour dire que le commandement est une prescription venant directement de Dieu et qu’on pourrait avoir des problèmes lorsqu’on se retrouvera devant Dieu si l’on n’a pas porté le voile. En laissant un espace démesuré à ces québécoises converties à l’Islam depuis quelques années à la télévision québécoise, on empêche non seulement la diffusion de documentaires sur les gens les plus intéressants et les plus intelligents de notre société, mais on tire la société québécoise vers le bas, vers le passé, vers ce qu’elle était il y a 100 ans. Plutôt que de la projeter vers l’avant, on encourage les comportements et les idées religieuses passéistes qui substituent à la libre pensée la soumission aveugle et stupide à des commandements venant d’un autre pays, d’un autre temps, et d’une autre société.
En dehors du domaine religieux, j’aimerais aussi commenter la qualité du documentaire en tant que tel. Il s’agit d’un documentaire de très basse qualité. Quand vous êtes réalisatrice, sujet principal, narratrice, et interviewée dans votre propre film, il faut commencer à se poser la question si ce dont on a besoin ce n’est pas plus d’une psychothérapie que d’un documentaire.
le TViste
Trauma et l’incapacité québécoise
Hier avait lieue la première de Trauma, une série télévisée sur le monde de la traumatologie et une démonstration de l’incapacité typiquement québécoise de produire des séries télévisées innovantes. On dirait que tout ce que les auteurs de séries fictives québécois sont capables d’écrire revient toujours plus ou moins à une incursion dans un monde, un univers. Les Machos, une incursion dans le monde des vendeurs de char. Scoop, une incursion dans le monde du journalisme. Mirador, une incursion dans le monde des relations publiques. Virginie, une incursion dans le monde scolaire. Un homme mort, une incursion dans le monde de la police et dans le monde des finances frauduleuses. Vice caché, une incursion dans le monde de la banlieue. Les Boys, une incursion dans le monde des ligues de garage. Km/h, une incursion dans le monde des chroniqueurs automobile. Detect.Inc., une incursion dans le monde des détectives. Et maintenant Trauma, une incursion dans le monde de la traumatologie.
On pardonnera Lise Payette pour Les Machos, parce qu’on peut comprendre que dans les années 1990, c’était comme ça que l’on écrivait. Mais 20 ans plus tard, qu’on en soit encore là, c’est pathétique. Surtout quand provient des États-Unis une tonne d’exemples de séries brillantes, bien écrites, qui pourraient être filmées avec les budgets québécois. Prenez Lost. Lost n’est pas une incursion dans un monde. C’est une série épique qui aborde les liens entre le passé et le présent, qui ajoute une charge émotive très forte dans les scènes en passant du passé vers le présent, et qui constitue aussi un très très bon show de science-fiction. Or Lost aurait pu être réalisé au Québec. Malgré les coûts énormes que cette série peut représenter aux États-Unis, la situation aurait été complètement différente au Québec. Simplement parce que les coûts les plus importants sont dus au déménagement de l’équipe de tournage en Hawaii, au salaire élevé des acteurs américains, et aux effets spéciaux qui de toutes façons ne constituent pas une composante essentielle de cette série. Un auteur québécois intelligent aurait pu créer une série du même calibre. Peut-être que ça ne se serait pas filmé sur une île, peut-être qu’il y aurait moins d’effets spéciaux et d’avions qui crashent, mais l’essentiel de Lost, c’est d’abord un scénario à couper le souffle. Or nous n’avons pas ces talents. Un autre exemple ? Dexter. Dexter n’est pas une incursion dans le monde des policiers, ni une incursion dans le monde des tueurs en série. C’est une série basée sur la psychologie d’un personnage, Dexter. Pourquoi nos auteurs québécois sont-ils incapables de créer une série basée sur la psychologie d’un personnage extraordinaire (et n’allez pas me citer Annie et ses hommes en exemple, je vous en prie) ? Une série genre Dexter aurait pu être produite au Québec pour des coûts semblables à Trauma. Un bureau de travail, une maison, et des scènes de crimes extérieures éparpillées à travers le scénario. 5 ou 6 personnages majeurs. Ce qui nous manque, c’est le génie pour l’écrire.
Le monde de la télévision québécoise n’a plus d’excuses; l’argent, ils l’ont. Qu’ils se concentrent donc à former une génération d’auteurs intelligents qui pourront écrire des scénarios à couper le souffle plutôt que de nous jouer du violon dans une salle d’urgence avec les histoires du frère d’un tel qui a coursé avec le fils de l’autre et qui n’a pas pu être sauvé malgré les efforts des médecins. C’est du mauvais Grey’s anatomy.
Le pire c’est que Trauma m’a donné espoir pendant quelques secondes. Il y a eu une scène où on voyait le passé du médecin. Je me suis dit qu’ils s’étaient peut-être inspiré de Lost. Malheureusement ça n’a mené à rien, et il n’y a pas eu de flashbacks supplémentaires. Même s’il y en avait eu et que l’on aurait fait une série dans laquelle on alterne entre le passé et le futur, ç’aurait été 5 ans en retard par rapport aux États-Unis avec Lost. Prenons donc quelques années pour former des jeunes esprits à bien écrire, mettons donc un peu d’argent de côté pendant ces quelques années et évitons de produire plus de déchets télévisuels. Quand on reviendra de cette période de réflexion, la télévision québécoise aura évolué.
le TViste
L’église catholique récupère la mort de Gilles Carle.
Je trouve dommage d’avoir à en parler, parce que je crois que suite à la mort de Gilles Carle, on devrait surtout parler du cinéaste. Donc avant de commencer, je vous dirai ceci : Gilles Carle a été un des cinéastes importants du Québec. Allez louer ou télécharger La vie heureuse de Léopold Z, ou n’importe lequel de ses films, et allez aussi écouter les films de ses contemporains comme Pierre Perrault. Vous découvrirez un cinéma semi-documentaire, semi-fiction, comme il ne s’en fait plus.
Gilles Carle était catholique, et aimait entre autres la Bible, nous l’avons appris d’un de ses proches lors de ses funérailles. Il est donc normal qu’il ait eu des funérailles nationales dans une église catholique. Cependant je trouve dommage que l’église ait profité de l’exposure médiatique découlant des funérailles de Gilles Carle pour nous faire un pitch sur leur opposition à l’euthanasie. Ç’a commencé au début du discours du prêtre diffusé sur Radio-Canada en direct. Le prêtre nous dit d’abord :
L’établissement dans lequel nous sommes est encore une partie importante de la vie culturelle québécoise.
En fait, je dirais que ce qui décrit le mieux la place qu’occupe l’église catholique dans la vie culturelle québécoise, c’est fournisseur de services funéraires et maritaux. On y va lors de notre mariage, puis lors de notre mort et parfois pour le baptême. À part ça, la moyenne d’âge du public pour les messes régulières du dimanche est probablement en haut de 70 ans.
Si ça n’avait été que de ça, je me serais dit que c’était de bonne guerre et qu’il était normal qu’un prêtre profite d’une tribune nationale pour affirmer l’importance imaginée de son institution. Cependant il est allé plus loin :
Gilles Carle et son entourage ont prouvé au cours des dernières années qu’ils avaient un grand respect pour la vie.
Ne vous laissez pas berner par l’apparente innocence de la phrase. Il n’y a rien d’innocent dans ces mots. Ce que la droite religieuse appelle le ‘respect pour la vie’, ce n’est pas le respect que vous et moi avons pour la vie. Ce n’est pas le respect pour la vie qui vous commande d’aider votre prochain, d’assister quelqu’un en difficulté, ou de prôner le pacifisme. Le ‘respect pour la vie’, dans les bouches des prêtres, ça veut dire 2 choses : pas d’euthanasie, et pas d’avortement. Dieu doit décider quand on naît et quand on meurt. Ce que le prêtre nous dit lorsqu’il dit que Gilles Carle et son entourage ont prouvé qu’ils avaient un grand respect pour la vie, c’est d’abord des félicitations destinées à Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie pour ne pas avoir succombé à l’euthanasie. Puis c’est un message politique destiné à vous et aux politiciens qui étaient présents : ne légalisez pas l’euthanasie. Est-ce que Gilles Carle et son entourage auraient eu recours à l’euthanasie si ç’avait été légal ? On n’en sait rien, et la question n’est pas là. La question est de savoir s’il est acceptable de laisser l’église catholique utiliser un homme qui n’est même plus sur cette terre pour passer un message politique digne de théocratique québécoise des années 30. J’ai toujours eu horreur des gens qui font parler les morts. Le minimum de respect que l’on doit avoir pour les morts, c’est de laisser leur œuvre parler d’elle-même, sans les utiliser pour passer nos propres messages. L’église catholique nous parle de respect pour la vie, elle a raté une belle occasion de nous montrer qu’elle est au moins capable d’avoir du respect pour la mort.
le TViste
Il y aura deux Bye Bye 2009.
Il y a 10 jours, je parlais du Bye Bye 2009 qui sera produit par un groupe de producteurs/réalisateurs/artistes. Or une information importante m’avait échappée et Mike Tremblay me l’a apprise: il y aura 2 Bye Bye cette année. Il y a donc le Bye Bye 2009 à byebye2009.com dont j’ai déjà parlé puis il y a le Bye Bye des Super Matozoïdes. L’annonce a été faite en septembre mais je l’avais ratée. Si j’ai bien compris, des membres des deux groupes avaient fait le Bye Bye 2008 du web. En tout cas le projet des Super Matozoïdes semble se tenir, Mike Tremblay m’indique dans son message que Ghyslain Taschereau, les Crapules, Mike Ward et les Chick’N Swells seront impliqués. Avec un ancien Bleu Poudre, ça ne pourra qu’être bon. Et avec Mike Ward pour ramener les gars sur la ligne de l’irrévérence, ça me rassure!
Bonne chance aux deux Bye Bye 2009, la compétition ne peut qu’être bénéfique. Espérons que ça poussera les artistes des deux équipes à leur meilleur.
Ce que la droite ne nous dit pas par rapport aux publicités gouvernementales.
Les gens de droite sont convaincus que le Québec est sous le joug de socialistes qui veulent contrôler chacun des aspects de leur vie. Un de leurs arguments pour démontrer que l’état du Québec veut contrôler nos vies: les publicités télévisées que le gouvernement commande. Jeff Plante se plaignait récemment dans un vidéo des publicités qui nous encourageaient à aider les vieilles personnes à traverser la rue. Ian Sénéchal, dans un billet récent, fait une liste des publicités commandées par le gouvernement ces dernières années (même une de 1984). Le ciel est bleu félicite l’article qui dénonce le méchant état québécois qui investit notre argent dans des publicités qui ne fonctionnent pas et dont le but n’est pas toujours clair. Ian Sénéchal, suite à une approximation grossière, en vient à la conclusion que chaque québécois se prive d’un café par année pour pouvoir payer ses publicités et nous exprime à quel point il aurait préféré boire un bon café chaud. Hmmmmm…
Détruisons quelques mythes tirés directement de l’article.
« Ne soyons pas dupe, ces publicités ne fonctionnent pas ou du moins, ne valent pas leur investissement. »
Il y a quand même quelque chose de contradictoire dans cet argument, d’abord les droitistes nous disent qu’ils ne veulent pas être contrôlés par des publicités, d’un autre côté ils nous disent que la publicité ne contrôle personne. Or c’est faux. Un des meilleurs exemples est la lutte contre le tabagisme. Celle-ci consiste en des campagnes publicitaires et d’information à long terme combinée aux différentes lois sur le tabac, incluant celles qui obligent les compagnies à l’impression de messages sur les paquets de cigarette. En 1995, on évaluait à 38% le nombre de fumeurs. Ce nombre a chuté à 25% en 2005 puis entre 20 et 22 % en 2006. La réduction du nombre de fumeur d’environs 17% seulement depuis 1995 est essentiellement attribuable aux campagnes d’information; il n’y a pas de nouvelles données scientifiques depuis 1995 qui indiquent des choses surprenantes sur le tabac. En 1995, les effets cancérigènes du tabac étaient déjà connus. Qu’est-ce que ça peut représenter 17% de fumeurs convertis en non-fumeurs pour le Québec ? Ne serait-ce qu’en se limitant à la question monétaire, c’est des milliards de dollars de sauvé. C’est d’abord des travailleurs plus en forme, plus efficaces, qui coûtent moins cher en frais de santé, et qui plutôt que de mourir à 40-50 ans d’un cancer du poumon peuvent travailler encore pendant 10 à 20 ans. Ne vous inquiétez donc pas, monsieur Sénéchal, votre café n’aura jamais été aussi bien investi. Et je n’ai qu’abordé la question de l’argent; on pourrait parler de bonheur, de famille, de l’entourage.
« Parfois, on se demande même quel est le but de la publicité. Regardez la numéro 1. C’est complètement inutile. »
Ian Sénéchal faisait référence à une publicité qui encourage les gens à aimer la vie. Je ne vois pas le problème qu’il a avec l’idée d’encourager les gens à aimer la vie, à s’assurer que leur vie est plaisante. Les dépressions, les suicides, les burn-outs, tous ces problèmes viennent d’un manque de joie, de passion, ou d’organisation dans la vie émotionnelle des gens. Je ne dis pas que certains cas ne sont pas des maladies physiques affectant le cerveau contre lesquelles on ne peut faire rien d’autre que de prescrire un médicament, mais je crois qu’une partie importante de ces problèmes peuvent être améliorés par des facteurs environnementaux et par l’encouragement à prendre son bonheur en main.
Les publicités, c’est aussi un moyen de financer la culture
Finalement, soyons francs, personne au Québec ne veut d’un univers télévisuel limité à quelques chaînes contrôlées par un géant. Pour maintenir la diversité actuelle des canaux télévisés, un investissement de l’état est nécessaire. Non, malgré tout ce que la droite nous dira, le marché n’injectera jamais assez d’argent ni en télévision, ni en musique, ni en cinéma pour maintenir la qualité et la diversité actuelle de la culture québécoise. Si vous remettez entre les mains de Honda et des soupes Aylmer la culture québécoise, attendez-vous à une réduction autant de la quantité que de la qualité. Donc le gouvernement doit envoyer de l’argent aux producteurs et distributeurs télévisés. Une des manières avec laquelle il le fait, et c’est loin d’être la plus grosse somme, c’est simplement d’acheter des publicités à un peu tout le monde. Ainsi on fait d’une pierre deux coups: sensibiliser la population à des faits de santé et de société extrêmement importants et en profiter pour financer les chaînes télévisées, généralement au prorata de leur popularité puisque les publicités coûtent un prix qui est généralement proportionnel à l’importance de l’auditoire. Ça me semble un bon investissement, hautement efficace, et ça marche. Puis, après tout, vous êtes toujours dans un pays libre; si vous ne voulez pas suivre les recommandations de l’annonce, rien ne vous y force.
Le genre d’humour au second degré dont le Québec se prive.
Le 31 décembre 2008, avec le Bye Bye 2008, Radio-Canada retentait l’expérience de l’humour au second degré qui avait depuis plusieurs dizaines d’années caractérisé les différents Bye Bye. Malheureusement, cette année-là, un groupe d’extrémistes spécialisé dans la culpabilisation de masse avait décidé qu’il était temps de nettoyer le Québec de toute référence aux canadiens, aux immigrants ou à Nathalie Simard, et que l’époque de l’humour plate et insensé devait être ramenée, de force s’il le fallait. En se pliant aux divagations de ces soi-disant défenseurs de la tolérance et en ne produisant pas de Bye Bye 2009, la société québécoise se prive d’un genre d’humour dont elle possède le secret, tel qu’elle l’a montré à plusieurs reprises, entre autres à travers les émissions de RBO.
Pendant que les québécois se demandent si on peut ou non parler des phénomènes de société les plus importants pour le Québec à la télévision, d’autres nations n’hésitent pas à aborder ces sujets par le billet de l’humour au second degré, le même genre d’humour que Jean-François Mercier utilisait lors du Bye Bye 2008. C’est ce que fait chaque soir Stephen Colbert de l’émission The Colbert Report, à Comedy Central. Stephen Colbert est en fait un américain de gauche qui parodie un animateur de téléjournal de droite qui s’opposerait au mariage gai et qui adopterait la plupart des positions du parti républicain. Dans ce vidéo, à 5:00, il prend position contre le mariage gai et se porte à la défense de l’Église qui est bouleversée par la possibilité que des homosexuels puissent se marier. Il accuse les homosexuels de vouloir s’approprier les … :
[...] trucs les plus amusants dans le mariage comme… comme le droit de déterrer la dépouille de son époux. C’est de l’homosexualité après la mort, ce sont des genres de zombies-homosexuels. Ces zombies-homosexuels commencent par le droit au mariage, mais ce qui les intéressent vraiment c’est de contrôler notre cerveau. Et puis comment les gens sont-ils supposés pouvoir reposer en paix si ils savent qu’à quelques tombes d’eux, deux hommes sont morts et gais! Dieu a dit que ceux qui étaient reliés sur terre étaient rassemblés au ciel, si on commence à enterrer les homosexuels ensemble ils seront ensemble au paradis! [...] Si on veut que les homosexuels meurent comme ils ont vécu selon leur état légal actuel, ils doivent mourir comme on leur demande de vivre : dans l’invisibilité.
Toute personne avec un minimum de quotient intellectuel pourra écouter l’extrait et conclure qu’il s’agit d’humour au second degré et que Stephen Colbert n’est pas opposé au mariage gai, mais qu’il veut plutôt ridiculiser ceux qui le sont. Si les gens, même les américains, sont capables de faire la différence lorsqu’il s’agit de Stephen Colbert, pourquoi est-ce que les Québécois ne seraient pas capable de reconnaître le deuxième degré dans l’humour de Jean-François Mercier lorsqu’il a fait son sketch sur le Canada anglais ou sur Barack Obama au Bye Bye 2008 ? Pourtant le montage de la scène et le genre de propos se ressemblent énormément. Pourquoi des gens crient-ils au racisme lorsqu’un sketch ne fait qu’aborder le fait que Barack Obama est noir ou que le Canada anglais est différent ? Deux possibilités: soit qu’ils sont incroyablement stupides, ou ils sont de mauvaise foi et ont d’autres objectifs que la simple censure du Bye Bye 2008, ils visent plutôt l’anéantissement de l’identité québécoise dans notre culture télévisuelle.
le TViste
Le Banquier, les handicapés et la télévision québécoise.
La télévision québécoise a une historique de controverse avec les handicapés et leur présence dans la culture québécoise. En 1988, Jean-Marc Parent, alors sortant d’une brève formation d’humoriste, se faisait connaître par son spectacle L’handicapé au festival Juste Pour Rire. Le spectacle fut jugé trop choquant par certains à l’époque mais est aujourd’hui reconnu comme l’un des grands classiques de l’humour québécois et comme un moment important pour la cause de la présence des handicapés dans la culture québécoise.
Depuis que l’humoriste et acteur handicapé Dave Richer passait dans des galas d’humour et qu’il jouait dans plusieurs émissions et films québécois, je croyais que le tabou des handicaps physiques était réglé au Québec. De plus, plusieurs humoristes ont repris l’idée originale de Jean-Marc Parent et jouent des rôles d’handicapés, entre autres Patrick Groulx et Mike Ward. Je ne croyais pas que ça pourrait encore choquer des gens que de voir un handicapé passer à la télévision. J’avais tort.
Dimanche dernier, à l’émission Le Banquier de TVA, une trisomique dénommée Julie avait la chance de participer au jeu. Certains ont réagi. Le Détracteur Constructif, dans un article qui même moi m’a choqué, fait une parodie de pétition pour que Cynoque des Goonies soit le prochain invité du Banquier, qu’il décrit comme « une émission progressiste porte-étandard du combat pour la justice sociale ». La Clique du Plateau disent qu’ils ont aimé l’émission, mais la qualifie de Freak Show. Sylvain Bouchard, du FM93, parle d’un malaise devant un cirque, dans une entrevue avec Julie Snyder. La contestation a atteint une telle ampleur que Richard Martineau s’est permis de faire un article de parodie, en feignant un dégoût pour l’idée de laisser des handicapés passer à la télévision. Mauvais Oeil a écrit un excellent article humoristique en disant que d’inviter une trisomique à l’émission est une insulte à son intelligence puisque les participants habituels sont des déficients profonds!
La réaction m’a surpris. Au fond quand on regarde l’évolution de la télévision québécoise depuis ses débuts, elle est passée de sketchs scénarisés au style de plus en plus « documentaire » ou « réalité ». Il est donc normal que l’on soit passé d’handicapés parodiés et exagérés à l’invitation sur le plateau de vrais handicapés. C’est souhaitable pour eux. Ce n’est pas tous les jours où l’on peut en apprendre sur le quotidien d’une trisomique et ce n’est pas tous les jours qu’ils peuvent gagner des prix comme ça, alors pourquoi ne pas la faire participer au Banquier ? Je peux comprendre la critique. Je peux comprendre ceux qui ont peur que ça tourne éventuellement au cirque. Mais je ne crois pas que l’on puisse prêter de mauvaises intentions aux producteurs.
En tout cas s’il y a une place où on ne se serait pas scandalisé, c’est aux États-Unis, où je me trouve présentement pour une série d’articles sur la télévision américaine. Vous connaissez probablement le Discovery Channel, mais un poste conjoint moins connu au Québec et qui est assez populaire ici est Discovery Health. Sur Discovery Health, on n’hésite pas à montrer la souffrance des gens ayant les pires handicaps. Dans l’émission d’hier, une femme qui n’avait ni jambes ni bras, et qui était obèse en plus. C’était essentiellement une boule de graisse qui ne pouvait faire autre chose que d’être portée par quelqu’un. Les obèses, les handicaps mentaux, les défigurations comme je n’en avais jamais vu; tout ça fait partie de la programmation quotidienne de cette chaîne. Franchement je ne sais pas quoi en penser. D’un côté, oui c’est un freak show. D’un autre, le témoignage de ces gens ne vaut-il pas la peine d’être entendu ? Quelle est la société la plus fermée, celle où l’on cache ces gens ou celle où l’on leur permet de parler de leurs souffrance à la télévision ?
le TViste
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