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Black-Out à TQS: Quand les astres s’alignent.

Lundi, 2 novembre, 2009
publié par le TViste 7:26

La plupart du temps, je vous offre des commentaires et réactions à chaud sur l’actualité télévisuelle québécoise. Dans ce deuxième d’une série d’articles, je vous présente plutôt une rétrospective d’un évènement télévisuel qui a marqué l’histoire de la télévision québécoise en l’analysant plus en profondeur que ce qu’un premier regard aurait permis de faire.

Il y a de ces moments dans la vie où des évènements critiques et déterminants pour l’avenir se produisent. Où tous les éléments d’une équation complexe sont précisément mis en place. Où les astres sont alignés. Je vous donne une série de noms, essayez de trouver le dénominateur commun : Robert Gillet, Jean-René Dufort, Jean-François Mercier, Benoit Dutrizac, Richard Desmarais, Gilles Proulx. Ce sont tous des animateurs soit de Bye Bye ou d’émissions d’affaires publiques qui à un moment ou à un autre, ont été controversés. Rien ne relit vraiment ces gens l’un à l’autre à part ça : ils sont de générations différentes, de styles différents et d’idéologies différentes. Pourtant, en 1998, toutes ces personnes sont passées sur le même plateau d’une émission de télévision qui n’aura pas fait long feu mais qui pourrait être à l’origine d’un style en télévision québécoise : Black-Out.

TQS n’a plus ou moins jamais été rentable. Cette chaîne lancée en 1986 avait pour mandat d’offrir une programmation qui soit maintenue sur toute l’année, contrairement aux autres chaînes qui interrompaient plusieurs émissions pour la saison estivale, d’où le nom, Télévision Quatre-Saisons. En 1996, Vidéotron fait une tentative d’achat de TQS, achat qui est rejeté par le CRTC qui ne veut pas que les deux chaînes privées généralistes soient possédées par une seule et même entreprise. C’est finalement Québécor qui met la main sur le réseau (qui mettra ensuite la main sur Vidéotron de toute façon et qui se débarassera de TQS par la suite). Québécor impose ses politiques à TQS et réussit à compresser les dépenses, entre autres en coupant les budgets de production et en réunissant les studios d’enregistrement sous un seul et même toit. Du même souffle, TQS commence à faire dans le sensationnalisme et à se développer l’image de mouton noir qu’on lui connaîtra jusqu’à il y a peu de temps. Les émissions du crû 1998 à TQS sont fortement marquées par un style provocant, irrévérencieux, et parfois américain. Je me souviens comme si c’était hier de l’excitation que je pouvais ressentir quand je voyais les annonces décrivant la nouvelle programmation de l’automne; j’avais alors 14 ans. 1998 c’est l’année de naissance de Black-Out, de 110%, et de plusieurs émissions de sensationnalisme à l’américaine comme ces émissions où l’on voit des interventions policières, etc… Rien de très édifiant intellectuellement, mais très divertissant.

L’émission

Pour vous rafraîchir la mémoire et vous faire comprendre à quel niveau on vole (pas très haut), voici l’émission pendant laquelle on amène sur le plateau des voyants et  »ufologues » pour nous parler des phénomènes paranormaux. Jean-René Dufort est présent dans la salle en tant qu’ancien sceptique.

C’est quand même drôle de voir Robert Gillet faire la leçon à l’invité qui se dit pédagogue sexuel pour les enfants de 13 ans alors que Robert Gillet a été condamné 7 ans plus tard pour avoir payé une prostituée de 17 ans. L’émission la plus intéressante en termes de personnalités présentes est celle-ci :

Dans cette émission, réunis sur le même plateau : Richard Desmarais, qui répandra par la suite son fiel fédéraliste puant dans des émissions comme L’avocat et le diable, Benoit Dutrizac qui animera l’insignifiant Dutrizac, Robert Gillet qui deviendra l’un des fameux animateurs de radio de Québec, et Gilles Proulx, qui aura été tapoché médiatiquement pour avoir affirmé qu’une victime de viol l’avait cherché et pour ne pas avoir su s’excuser correctement lors d’un passage à Tout le monde en parle. Finalement la seule personne respectable dans cette émission, c’est Jean-François Mercier qui se présente comme un spectateur en chandail de pouilleux qui en veut à Gilles Proulx. C’est tordant. On n’hésite pas à utiliser de faux spectateurs : d’abord Jean-François Mercier et puis Gilles Guindon, à la fin du vidéo, qui quelques émissions plus tard joue le rôle d’intervenant dans l’émission. Il ne manque que Richard Martineau et la photo de famille serait complète, on aurait la collection complète des commentateux auxquels on aura droit jusqu’en 2009 en télévision québécoise.

Au fond Black-Out aura été un lieu de rencontre privilégié pour des animateurs qui ont la caractéristique commune de jouer avec les idées borderline. Plus on est provocant, plus les côtes d’écoutes augmentent, jusqu’au seuil du scandale. Seuil qui aura été atteint très rapidement par Black-Out. Dans ce contexte, il est très facile de tomber dans le syndrome Jerry Springer : descendre à des niveaux vraiment, vraiment, vraiment bas. Après quelques émissions de Black-Out, des plaintes étaient reçues au CRTC. Une émission sur les homosexuels qui ne volait pas haut a été jugée acceptable malgré les plaintes au CRTC. Puis une émission sur le bien-être social a été jugée offensante par le CRTC parce que les gens qui avaient été invités étaient des gens qui disaient être sur le bien-être social par choix et simplement parce qu’ils ne voulaient pas travailler, ce qui laissait une très mauvaise image du bien-être social. Malgré le fait que Black-Out ait cessé d’être diffusé, je suis convaincu que les fantômes de l’émission vivent encore aujourd’hui à travers beaucoup d’émissions dites d’affaires publiques dans lesquelles des vieux cons de droite diffusent leur propagande aux brebis en recherche de prêt-à-penser.

P.S. : Lors de mes recherches sur le sujet, je suis tombé sur un autre blogueur qui avait revu l’histoire de Black-Out. Vous pouvez consulter son article ici. J’ai quand même décidé de publier le mien puisque les contenus ne sont pas redondants.