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Quand un journaliste se prononce sur l’Internet, c’est un peu comme lorsqu’une poule sans tête se prononce sur la politique étrangère de l’Inde: faut pas s’attendre à un prix Nobel. C’est ainsi que récemment quelques membres de l’aristocratie journalistique de Radio-Canada et d’autres chaînes françaises se sont regroupés au Périgord pour déguster le canard à l’orange et mettre en œuvre une vaine entreprise vouée à tester les réseaux sociaux quant à leur capacité à informer. Ils appellent ça Huis clos sur le Net et ça consiste en une bande de journalistes moyens qui disent s’isoler en n’ayant accès qu’à Facebook et Twitter comme sources d’informations, comme si leur expérience personnelle, cette découverte si fascinante pour eux de réseaux qui existent depuis plusieurs années avait une pertinence sociale pour l’ensemble de la planète. Leur objectif est donc de voir si en se privant des médias traditionnels, quelqu’un peut arriver à être informé. L’idée ne serait pas complètement folle si l’expérience n’était pas teintée d’un manque de rigueur, d’un snobisme et d’une maladresse caractéristiques des journalistes traditionnels lorsqu’ils parlent de l’Internet.

D’abord permettez-moi de rire un peu du concept: ce n’est pas tous les jours que l’on laisse un journaliste être juge, juré, accusé, et procureur de la couronne en même temps. On le sait, le journalisme tel qu’il est pratiqué ces temps-ci est remis en question, essentiellement par la présence d’autres sources d’information et de commentaire dans les nouveaux médias. De voir une bande de journalistes décider eux-mêmes si oui ou non ces nouvelles sources d’information sont pertinentes laisse un goût d’URSS dans la gorge. C’est une faute grave que de croire que la capacité du journaliste à s’informer ou non sur Twitter est d’un quelconque intérêt pour déterminer la pertinence de ces réseaux pour le consommateur d’information. C’est comme de savoir si Henry Ford serait confortable dans la Matrix de Toyota, ou si le colonel Sanders aimerait les Big Mac. On s’en fout. De toutes façons, la population s’est dirigée vers ces réseaux alors ce n’est certainement pas de la capacité ou non des bénéficiaires de l’ancien système à comprendre le nouveau qu’émergera la réponse à la question de l’utilité de ce nouveau système.

Ensuite, il y a dans cette expérience une prétention incroyablement infantilisante: que la personne qui consomme de l’information par le biais de Twitter, Facebook, ou l’Internet en général ne fait QUE ça. Comme si l’aspect huis clos avait une quelconque correspondance avec la réalité. Les réseaux sociaux, c’est tout le contraire du huis clos. Ce sont des catalyseurs, des lieux de découvertes qui nous permettent de cliquer sur un lien, puis un autre, puis de suivre différents chemins qui nous mènent vers notre information. Le consommateur de Twitter et Facebook, il a aussi la télévision qui est allumée en background, il écoute RDI, il a la radio, et il reçoit probablement des journaux. La position de lutte à finir dans laquelle l’expérience place les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels montre bien le malaise de la caste journalistique quant à l’Internet. Comme s’il fallait nécessairement en venir à une lutte finale et intense dans laquelle l’un ou l’autre des moyens de s’informer gagne.

Finalement, à quoi bon appeler ça une expérience si les conclusions sont écrites dans le ciel d’avance ? Est-ce que vous croyez vraiment que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « L’internet c’est de la marde. Vive les médias traditionnels. » Non. Ça n’arrivera pas. Pensez-vous que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « Les médias traditionnels c’est de la marde. Vive l’Internet. » Non. Ça n’arrivera pas non plus. Ce qui va arriver, c’est qu’ils vont sortir de cette expérience en nous disant qu’il y a un peu de bon dans tout, que l’Internet est un regroupement du meilleur et du pire, que les médias traditionnels préservent leur importance. Bref, des généralités tellement évidentes qu’elles auraient pu faire l’objet d’un exposé oral d’un enfant de 1ere année du primaire.

La caste journalistique n’a ni les capacités intellectuelles ni la capacité à l’objectivité nécessaires pour faire une vraie réflexion sur le rôle de l’Internet dans la transmission de l’information. Qu’ils laissent ça aux vrais scientifiques qui peuvent étudier la question à froid et sans a priori. Non seulement leur petite campagne de propagande/docu-reportage sent l’ignorance à des kilomètres, mais en s’adonnant à un exercice aussi débile ils perdent le peu de crédibilité qu’ils ont encore quant à la question de l’Internet.

le TViste

* P.S. L’entreprise ridicule a aujourd’hui repoussé les frontières de l’incompétence qu’elle avait elle-même tracé. Il semble effectivement que les journalistes-roi auto-proclamés doivent être avertis par les lecteurs de leur blogue à cause de la piètre qualité de leur français écrit. Les textes sont parsemés de fautes évidentes comme l’accord de verbes au participe passé à l’indicatif présent: Voyez ici par exemple. Reconnaîtrait-on la vraie valeur du journaliste que lorsqu’il est laissé à lui-même pour écrire ses textes ?

L’église catholique récupère la mort de Gilles Carle.

Samedi, 5 décembre, 2009
publié par le TViste 11:21

Je trouve dommage d’avoir à en parler, parce que je crois que suite à la mort de Gilles Carle, on devrait surtout parler du cinéaste. Donc avant de commencer, je vous dirai ceci : Gilles Carle a été un des cinéastes importants du Québec. Allez louer ou télécharger La vie heureuse de Léopold Z, ou n’importe lequel de ses films, et allez aussi écouter les films de ses contemporains comme Pierre Perrault. Vous découvrirez un cinéma semi-documentaire, semi-fiction, comme il ne s’en fait plus.

Gilles Carle était catholique, et aimait entre autres la Bible, nous l’avons appris d’un de ses proches lors de ses funérailles. Il est donc normal qu’il ait eu des funérailles nationales dans une église catholique. Cependant je trouve dommage que l’église ait profité de l’exposure médiatique découlant des funérailles de Gilles Carle pour nous faire un pitch sur leur opposition à l’euthanasie. Ç’a commencé au début du discours du prêtre diffusé sur Radio-Canada en direct. Le prêtre nous dit d’abord :

L’établissement dans lequel nous sommes est encore une partie importante de la vie culturelle québécoise.

En fait, je dirais que ce qui décrit le mieux la place qu’occupe l’église catholique dans la vie culturelle québécoise, c’est fournisseur de services funéraires et maritaux. On y va lors de notre mariage, puis lors de notre mort et parfois pour le baptême. À part ça, la moyenne d’âge du public pour les messes régulières du dimanche est probablement en haut de 70 ans.

Si ça n’avait été que de ça, je me serais dit que c’était de bonne guerre et qu’il était normal qu’un prêtre profite d’une tribune nationale pour affirmer l’importance imaginée de son institution. Cependant il est allé plus loin :

Gilles Carle et son entourage ont prouvé au cours des dernières années qu’ils avaient un grand respect pour la vie.

Ne vous laissez pas berner par l’apparente innocence de la phrase. Il n’y a rien d’innocent dans ces mots. Ce que la droite religieuse appelle le ‘respect pour la vie’, ce n’est pas le respect que vous et moi avons pour la vie. Ce n’est pas le respect pour la vie qui vous commande d’aider votre prochain, d’assister quelqu’un en difficulté, ou de prôner le pacifisme. Le ‘respect pour la vie’, dans les bouches des prêtres, ça veut dire 2 choses : pas d’euthanasie, et pas d’avortement. Dieu doit décider quand on naît et quand on meurt. Ce que le prêtre nous dit lorsqu’il dit que Gilles Carle et son entourage ont prouvé qu’ils avaient un grand respect pour la vie, c’est d’abord des félicitations destinées à Gilles Carle et Chloé Sainte-Marie pour ne pas avoir succombé à l’euthanasie. Puis c’est un message politique destiné à vous et aux politiciens qui étaient présents : ne légalisez pas l’euthanasie. Est-ce que Gilles Carle et son entourage auraient eu recours à l’euthanasie si ç’avait été légal ? On n’en sait rien, et la question n’est pas là. La question est de savoir s’il est acceptable de laisser l’église catholique utiliser un homme qui n’est même plus sur cette terre pour passer un message politique digne de théocratique québécoise des années 30. J’ai toujours eu horreur des gens qui font parler les morts. Le minimum de respect que l’on doit avoir pour les morts, c’est de laisser leur œuvre parler d’elle-même, sans les utiliser pour passer nos propres messages. L’église catholique nous parle de respect pour la vie, elle a raté une belle occasion de nous montrer qu’elle est au moins capable d’avoir du respect pour la mort.

le TViste

Dans notre superbe démocratie canadienne qui fait rougir tout le monde dans toute le monde, la liberté de religion a priorité sur d’autres libertés – entre autres celle de s’habiller en punk (on banni facilement un adolescent d’une école avec habit obligatoire s’il arrive habillé en punk avec les cheveux roses, mais on tremble devant une jeune fille qui veut porter le voile pour des raisons religieuses). On se retrouve donc dans un pays où la liberté d’expression n’est pas égale pour tout le monde : étant donné que la liberté de religion est montée en mousse par rapport aux autres libertés d’expression, l’athée a moins de droit que la personne religieuse. Les croyances en des idées non-religieuses n’ont pas le même droit à l’exposition publique que les croyances religieuses. Une musulmane peut porter le voile en travaillant chez McDonald’s, mais on ne pourrait pas travailler avec une casquette qui dise : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Au sens légal pourtant, le port du voile ne peut pas être vu comme une utilisation du droit à la liberté de religion: porter le voile c’est plus que vivre sa religion, c’est la diffuser, la montrer à tous. Le port du voile devrait donc être considéré comme un acte non pas de liberté religieuse mais bien de liberté religieuse combiné à la liberté d’expression, et les limites de cette liberté d’expression devraient être les mêmes que les limites imposées à d’autres formes de liberté d’expression. Entre autres, un employeur devrait pouvoir demander à son employée de retirer le voile lorsqu’elle travaille avec le public, tout comme il a le droit de demander à son employé d’enlever sa casquette sur laquelle il est écrit : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Et quand je parle d’employeur, j’inclus l’état, j’inclus les écoles, et j’inclus les hôpitaux.

Or le déséquilibre entre les idées religieuses et les idées non-religieuses n’est pas seulement symptomatique dans nos institutions, au travail, et dans le système légal canadien. Il est aussi présent dans nos médias. La dernière instance de cet envahissant phénomène est l’invitation de cette soi-disant réalisatrice québécoise qui a fait un film sur le port du voile alors qu’elle ne savait même pas si elle voulait elle-même continuer à le porter. Le problème n’est pas tant ce film en tant que tel mais la masse considérable de petits films-reportages produits sur la question. C’est comme si toute québécoise qui se convertie à l’Islam à cause d’une histoire d’amour folle avec un musulman méritait un reportage de 30 minutes à RDI. Quand va-t-on faire de tels reportages sur des athées qui vivent très bien comme athées ? Il y a à peu près 10 québécoises par année qui se convertissent à l’Islam et il y a à peu près 10 reportages par année sur ces illuminées instantanées. Il y a des dizaine de millier d’athées au Québec. Quelle est la dernière fois où vous avez vu un reportage sur l’athéisme et sur comment ces gens vivent, ce en quoi ils croient ? Pourquoi met-on à l’avant sur notre scène médiatique des cas de bizarreries dont personne ne souhaite la multiplication plutôt que de présenter la vraie diversité des croyances des gens de partout à travers le Québec ?

Le web, par sa supériorité technique, par sa grandeur et par sa qualité, est amené à remplacer définitivement, à court ou à long terme, le système télévisuel traditionnel. Dans un geste digne d’un dinosaure qui tente de survivre après que le météorite soit tombé, la direction de Radio-Canada a décidé que les utilisateurs web de leur canal d’information allaient être les victimes collatérales d’une opération de négociations avec l’oligopole de câblodistribution québécois. Ils ont retiré l’option, le 29 octobre dernier, qui permettait aux utilisateurs d’écouter RDI en direct sur le web. Seulement certaines émissions sont maintenant disponibles, en différé. Et pourquoi prennent-ils ainsi la population en otage ? Pour se donner un levier de négociation avec les câblodistributeurs. Que veulent-ils négocier avec les câblodistributeurs ? Ils veulent recevoir des redevances prélevées sur votre facture de télévision. Je ne m’y oppose pas en tant que tel: plutôt que de se faire fourrer par la compagnie qui amène le fil chez vous, aussi bien se faire fourrer par la compagnie qui produit le signal qui passe à travers. Mais qu’ils aient fait ce cadeau dégueulasse aux câblodistributeurs sur le bras des internautes, ça me dégoûte au plus au point. Parce qu’entendons-nous, ce n’est rien de plus qu’un cadeau que RDI a fait aux câblodistributeurs. Les câblodistributeurs n’ont jamais aimé que du contenu de qualité se ramasse sur l’Internet gratuitement. Ils ont des packages de postes télévisés à vendre, ils ont LCN à vous vendre, ils ne veulent pas que vous ayez accès à de l’information gratuite de qualité, ils veulent qu’on vous la vende. Radio-Canada, avide de redevances et voulant leur faire plaisir, leur a amené sur un plateau d’argent la clientèle web cherchant de l’information en vidéo. Les dinosaures qui sont au coeur de cette décision et de ces négociations devront réaliser quelque chose: leur système féodal est en décrépitude, et le respirateur artificiel ne le maintiendra qu’un peu plus longtemps, tôt ou tard, ils sont appelés à disparaître.

H1N1: le virus télévisuel

Dimanche, 25 octobre, 2009
publié par le TViste 6:58

Depuis quelques années, on voit circuler dans les médias québécois des phénomènes viraux. Typiquement, l’épidémiologie de ces phénomènes est toujours très semblable. Une phrase à scandale ou une information circule dans des médias plus ou moins populaires ou dans des milieux autres que la télévision, comme le milieu scientifique. Le virus est en gestation, mais aucun symptôme n’est visible au sein de la population. Le virus télévisuel peut rester ainsi inactif pendant des années; prenez les études sur le quotient intellectuel moyen des groupes ethniques citées par le Doc Mailloux, qui avaient été effectuées en 1993. Prenez le récent scandale sur le tourisme sexuel avec Frédéric Mitterand, dont les activités étaient décrites depuis 2005 dans sa propre autobiographie. Éventuellement, un journaliste ou un animateur se met à tousser : il sort l’information dans une reportage, dans une émission d’affaires publiques ou dans la presse écrite. Étant donné que l’une des sources d’information les plus utilisées par les journalistes sont les journalistes eux-mêmes, la toux se répand soudainement : la nouvelle, mise à jour par un journaliste, est reprise dans tous les autres journaux et les reportages télévisuels. On parle autant de l’évènement original que de la couverture de l’évènement, puis que de la couverture de la couverture de l’évènement. On est dans la spirale pandémique, la description de l’évènement devient un évènement en soi.

C’est la même chose avec cette folie télévisuelle qu’est la grippe H1N1 et la vaccination contre cette grippe. Je n’ai pas l’habitude de faire part de mes expériences personnelles, mais voilà pourquoi j’écris sur le sujet : il y a 1 semaine et demi, j’ai attrapé la grippe H1N1. Méchante grippe, j’ai fait de la fièvre pendant 1 semaine, j’étais complètement paralysé et je restais au lit. Après une semaine et demi, je suis encore sur les halls 24/24. Grosse grippe donc, mais pas plus qu’une autre. Loin de la dangereuse pandémie annoncée depuis des mois à la télévision. Cette supposée pandémie mortelle qui a justifié l’achat de 11.5 millions de doses du vaccin contre le virus, soit 4.5 millions de doses de plus que la population du Québec en entier. Qu’on ne se surprenne pas que les conspirationistes délirent sur la possibilité que tout ça soit organisé par l’industrie pharmaceutique; ils ont réussi à vendre 2 fois plus de vaccins que nécessaires. L’industrie de la construction ne ferait pas mieux. Et le danger réel de ce virus ? Ne cherchez pas d’information objective sur le sujet. Les rumeurs se répandent à travers la classe journalistique comme une grippe porcine au sein d’une porcherie. Les journalistes nous préparent donc un compte des morts. Wow. 100 morts ici, 250 morts là-bas. Bien sûr ces comptes sont toujours en chiffres absolus : pas vraiment intéressant de savoir combien il y a eu de morts si on ne connait pas les conditions de santé des gens, et finalement quel est le pourcentage des gens qui ont eu la grippe qui en sont morts. Est-ce que ce pourcentage est significativement plus élevé qu’avec la grippe saisonnière ? Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de lieu de lancer une campagne de vaccination nationale. Comme on l’apprenait à Tout le monde en parle la semaine passée, tout indique que la grippe est en fait moins grave que celle que l’on voit apparaître chaque année. La page Wikipédia décrivant le virus H1N1 est assez rassurante aussi :

Des virus du sous-type H1N1 sont responsables des pandémies de grippe en 1918 et en 2009 ainsi que d’une partie des grippes pandémiques saisonnières.

En gros, il n’y a rien de spécial dans la vague de grippe de 2009 par rapport aux autres vagues de grippes observées depuis 1918. Ce virus n’est pas un nouveau virus, c’est la bonne vieille modification qui réapparait à chaque année avec quelques changements, et c’est tout. Mais les folies journalistiques et gouvernementales entourant cette grippe ont non seulement un impact sur le porte-feuille de l’état, puisque l’on met en place des moyens extraordinaires pour forcer un vaccin contre une petite grippe dans le bras de tous les québécois, mais elles ont aussi un impact sur la vie quotidienne des gens qui sont les premiers à avoir attrapé la grippe, comme moi. Vous auriez dû voir les gens à qui je parlais sur mon lieu de travail (je suis présentement aux États-Unis et la peur est cultivée encore plus violemment qu’au Québec). C’est comme si je leur annonçais que j’avais l’Ébola et qu’après simplement avoir parlé avec moi ils mourraient dans la semaine. On parle ici d’une grippe normale comme toutes les autres grippes saisonnières, mais on a réussi à rentrer dans la tête des gens par des méthodes journalistiques douteuses et un phénomène d’entraînement qu’il s’agissait là d’une grippe mortelle et qu’il ne fallait surtout pas l’attraper. Or je suis désolé de vous l’apprendre les amis, vous allez attraper la grippe H1N1. Vous allez avoir de la fièvre, vous allez tousser, et vous allez vous en remettre. Comme à chaque année.

Le pire c’est quand j’entends les journalistes nous dire que la grippe A H1N1 de cette année est particulière; qu’elle attaque plus les jeunes en bonne santé. Or quand on a questionné le responsable de la santé publique du Québec à Tout le monde en parle dimanche dernier, il a répondu : ‘Oui c’est vrai la grippe touche des personnes particulièrement jeunes, la moyenne d’âge pour les cas de mortalité est de 53 ans au Québec.’. Bin ça c’est la meilleure. Si 53 ans c’est jeune, moi je dois être un embryon.

Aujourd’hui avec l’Internet, la liberté d’expression, la facilité du commentaire, et les projets collectifs comme Wikipédia, n’importe quel tata a l’impression qu’il peut faire un Richard Martineau de lui-même et commenter et même suggérer quoi faire aux auteurs de n’importe quelle émission. Résultat on se retrouve avec une multitude de commentaires, et parfois ce ne sont pas les plus pertinents qui sont mis de l’avant. Finalement à écouter tout ce beau monde sélectivement, on pourrait en venir à la conclusion que les télétubbies sont trop hardcore et que le midi avec André Arthur a trop de classe. À trop les écouter, on obtient ce qu’on a vu cette semaine avec le déferlement médiatique anti-bye bye 2008.

Moi j’étais tout innocent. J’avais écouté le Bye Bye 2008 avec ma famille; des gens variés. Des jeunes, des vieux, des athées, des catholiques (dont une soeur religieuse), des straights, des moins straight. On s’était tous biddonés, et j’avais personnellement été étonné que l’esprit des Bye Bye du bon vieux temps et des émissions RBO plus récentes ait été conservé, renouvellé, et même amélioré. Un vrai bon Bye Bye, bien acide, bien agressif; comme ça a toujours été, depuis des dizaines d’année maintenant. Rien à dire. Mais je vivais dans un monde parrallèle, simplement parce que les 15 jours de vacances que j’ai pour le temps des fêtes sont les 15 seuls pendant lesquels je ne lis pas les journaux et je n’écoute pas les nouvelles télévisées !! Quelle surprise quand j’ouvre le journal Métro ce matin pour lire qu’il y a une controverse et que le Bye Bye 2008 est attaqué de partout. Bon avec les phénomènes d’entraînement qui existent dans les médias québécois, quand ça part, ça n’arrête plus et ça vient dans tous les sens. Alors il va falloir diviser les critiques en quelques sections.

Goût amer

Bon d’abord il y a Hugo Dumas (qui ?) dans La Presse qui se plaint qu’il y avait trop de maladresses et que les blagues sur Nathalie Simard ‘ont rapidement suri’. Il ose même référer au bon vieux temps de RBO, qui eux savaient bien faire des blagues que l’on voulait revoir et revoir encore. D’abord, voici un extrait de RBO, vous verrez qu’ils en ont fait eux aussi des blagues pipi-caca :

Deuxièment, les blagues sur Nathalie Simard étaient parmis les plus pertinentes. Qui n’a pas eu un moment l’impression qu’elle se moquait des gens avec ses histoires d’amours et ses ‘retours à la vie normale’ (4 fois) qu’elle vendait aux revues à potin de façon régulière ? Idéaliser RBO par rapport au Bye Bye 2008, c’est un réflexe de vieux :  ahhh dans mon temps les tempêtes de neige étaient plus grosses. Soyons clair : J’adore RBO. Mais en tant que grand fan de RBO, je sais que lorsque l’on fait ce type d’humour, on s’expose forcément à des critiques et on s’expose à ce que certains sketchs soient jugés de mauvais goût. Je préfère ça qu’un Bye Bye complètement vide de contenu critique, et l’équipe du Bye Bye 2008 a osé prendre la direction audacieuse.

Le racisme

Avec l’immigration vient éventuellement la formation de groupes de la société qui se sentent opprimés et qui partent des associations qui ont pour but de justifier leur propre existence en voyant du racisme un peu partout et en contestant ce racisme imaginaire. Sofia Flores, qui a écrit un commentaire dans le métro, fait partie de cette tendance. Voici ce que cette intellectuelle du courrier des lecteurs de journaux gratuit avait à nous faire part :

C’est avec beaucoup d’anticipation que j’ai commencé à regarder le Bye Bye 2008. Petit à petit, mon enthousiasme s’est transformé en dégoût devant les blagues de très mauvais goût et le sketch hyper raciste de Denis Lévesque avec Barack Obama.

C’était extrêmement péjoratif et offensant à l’endroit des Noirs. Le monde entier a applaudi les Américains pour s’être unis afin d’élire Obama, une source d’inspiration pour tout le monde et maintenant la télé québécoise se permet d’encourager un sketch raciste à la veille de 2009.

Bon ça y est, dès qu’on ne se réjouit pas en déchirant nos chemises de l’élection d’un membre de votre race à la présidence des États-Unis, on est ‘hyper raciste’. Soit on se plie aux délires des obamaniaques et on célèbre gaiement avec eux en criant hystériquement que le changement est arrivé avant même qu’il ne soit arrivé, soit on est du mauvais bord et on est bon pour être fusillés. En passant le sketch en tant que tel ne contenait aucun propos offensant, c’était un sketch plutôt banal qui portait sur l’incapacité de Denis Lévesque à poser des questions correctement à ses invités, mais je ne m’attends pas, Mme Flores, à ce que vous en connaissiez assez sur la culture québécoise pour comprendre cette référence au Québec oh combien profond représenté ici par Denis Lévesque reçoit à 22h45 sur TVA. Connaissez-vous l’hyper-racisme Mme Flores ? Connaissez-vous même le racisme ? Vous déshonorez les ancêtres des noirs en qualifiant ce sketch d’hyper-raciste, car eux ils savent ce que c’est que l’hyper-racisme et croyez-moi, ça n’a rien à voir avec ce sketch. Eux ils savent ce que c’est que la vraie discrimination. Le sketch que vous avez vu était beaucoup plus déshonorant pour Denis Lévesque que pour les noirs.

Trop grossier

Et puis il y a les p’tits vieux qui viennent de réaliser qu’ils peuvent écrire des commentaires sur Internet et qui décident que les nouvelles générations, ces jeunes de 10 à 30 ans comme moi qui veulent voir des choses choquantes, que nous n’y avons pas droit. Ah eux ils y ont eu droit avec RBO, mais maintenant qu’ils sont vieux, vive Star Académie et les retrouvailles de Claire Lamarche. C’est incroyable dans ce vidéo de voir l’animatrice du téléjournal faire une leçon à Jean-François Mercier sur son personnage du gros cave, comme si c’était un nouveau personnage de la semaine.

La qualité

Pour ceux qui se plaignent de la qualité, ne me dites pas que vous n’avez pas ri avec le télé-roman Patrick Roy. Ou lors des imitations de Julie Couillard. Ou lors des interventions de Jean-François Mercier.

Moumounisation de la société

Ce à quoi on assiste, ce n’est pas un Bye Bye qui est plus rof que les dernières années. RBO a fait bien pire avec des chanteuses en les imitant, en les grossissant, en les faisant chanter tout croche. Dans le pipi-caca, ils ont fait bien pire que tout ce qui a pu être fait dans le Bye Bye 2008. J’implore Jean-François Mercier et les producteurs du Bye Bye de cesser de s’excuser. Les gens ont aimé le Bye Bye. Nous sommes la majorité silencieuse et nous devons prendre parole pour l’appuyer et pour que des Bye Bye aussi intéressants continuent d’être diffusés pour les années prochaines. Ce à quoi on assiste, c’est à une moumounisation de la société québécoise; des gens plus vieux, moins tolérants, et qui ont une liberté de parole plus grande. Même si 5000 emails auraient été envoyés à Jean-François Mercier pour l’insulter après le Bye Bye, ça ne fait pas le poids. Nous étions 4 millions à l’écouter et à rire. Avec l’individualisme ambiant, tout le monde peut écrire un commentaire et estimer être choqué : ahhhh vous avez parlé des noirs et je me suis senti offensé en tant que noir. Ahhhh vous avez parlé des chanteuses blondes et je me suis senti offensé en tant que chanteuse blonde. Ahhhh vous avez parlé des politiciens et moi j’aime les politiciens, je suis offensé. Jean-François Mercier dit dans son vidéo qu’il veut les Bye Bye rassembleurs; eh bien se rassembler c’est aussi rire des mêmes choses, et rire de nous-mêmes. Lorsque certains disent ne plus rire, c’est peut-être qu’ils ne veulent pas faire parti du groupe. Depuis quelques années, le Bye Bye était probablement la dernière émission exceptionnelle que l’on avait et après laquelle on pouvait dire que d’être québécois, ça voulait encore dire quelque chose. Ne laissons pas les tenants de l’idiotie globale et homogénéisée nous enlever ce fleuron de notre culture.

le TViste

Démocratie canadienne et télévision HD.

Mercredi, 3 décembre, 2008
publié par le TViste 8:58

Depuis le salissage de la tradition d’utilisation en cas d’urgences et d’exceptions du discours à la nation, salissage effectué par Paul Martin en 2005, le discours à la nation est devenu un outil comme un autre, qui n’a pas trop de valeur, et qui peut nous faire perdre notre temps royalement. Ce soir, le premier ministre Stephen Harper a décidé de nous diffuser un autre discours à la nation qui ne nous a rien appris, nous a servi à rien, et dans lequel il n’a même pas été capable d’être honnête. Tout ce que Harper a dit dans ce discours, on se le fait marteler par les analystes politiques depuis 1 semaine. La question à laquelle il aurait pu répondre, c’était à savoir si oui ou non il allait visiter la gouverneure générale pour déclencher le congé de Noel et éviter un vote de confiance défavorable. Il ne nous l’a même pas dit, les analystes ont dû lire entre les lignes pour nous dire qu’il n’y avait pas de doute là-dessus. Il semble donc que notre destin est entre les mains de la représentante de la reine d’Angleterre.

Alors à quoi ça nous sert nous, de prendre 8 minutes de notre temps pour écouter ces folies. Une petite introduction toute cute sur l’histoire du Canada et la tradition canadienne qui fait des envieux partout dans le monde, et une attaque contre les ’séparatistes’ québécois, avec lesquels, dit-il, il ne pourrait former une alliance, car ce serait dangereux pour la stabilité du Canada. Bon premièrement on est au Québec, et en 2008. À part une coupe de perdus, je ne crois pas que personne n’ait vraiment peur des méchants séparatistes qui pourraient faire s’effondrer le beau Canada.

Le message qu’on a là c’est le contraire de ce qui fait l’attrait du Web 2.0 : dans le web 2.0, vous avez les faits, vous avez des blogueurs qui vous disent ce qu’ils pensent de ces faits, vous avez Wikipédia qui montre le consensus, et vous avez les commentaires sur les blogs qui montrent les opinions de milliers d’autres personnes. Or ici ce qu’on a c’est une cassette dans laquelle il n’y a pas de faits, pas d’opinion, pas de consensus, pas de commentaires, pas rien. Le vide total.

Pour ce qui est de la réponse de Stéphane Dion, elle avait au moins le mérite de parler plus concrètement de la situation politique, mais même là, avez-vous appris quoi que ce soit ? Moi j’ai appris que les caméraman du parti libéral étaient des incompétents. D’abord parce qu’ils ont mélangé les cassettes francophones et anglophones, ce qui fait que les médias ont obtenu le vidéo en retard. Deuxièmement parce qu’ils ont cadré Stéphane Dion de la gorge aux cheveux, un cadrage que je n’ai jamais vu dans aucune annonce publique ni entrevue de toute ma vie. À voir la qualité de la vidéo lors de cette annonce, je suspecte que la vidéo a été tournée en 4:3 et ensuite transférée en 16:9 en coupant le bas, quel amateurisme. Ça résulte en un Stéphane Dion pris à la gorge par le cadrage, ce qui n’a rien de bon pour nous rassurer sur sa situation politique. Avec le retard qu’il y a eu dans la livraison de la cassette aux médias, j’imagine le monteur du parti libéral :

- C’est vraiment la meilleure prise qu’on a ?

C’est la performance de Gilles Duceppe qui est à souligner. Il a su bien commenter et bien résumer les raisons pour lesquelles il appuit la coallition. Les deux autres, ils auraient pu simplement caller une conférence de presse.

le TViste

L’affaire Fredy Villanueva est une affaire tragique qui met en scène un jeune homme qui a été tué lors d’une intervention policière et une famille endeuillée qui a récemment fait l’objet d’un reportage d’Enquête diffusé sur Radio-Canada. Je souhaite d’abord offrir mes condoléances aux membres de la famille qui ont à vivre cette tristesse.

Je tiens aussi à spécifier que cet article ne porte pas sur ces femmes de l’entourage immédiat de Fredy Villanueva, dont l’intervention à l’émission Enquête était tout à fait justifiée et raisonnable.

Le sujet de cet article est plutôt la façon avec laquelle cet évènement a été récupéré par certains groupes de pression qui n’ont même pas attendu d’avoir les résultats de l’enquête qui a été publiée aujourd’hui. Pour vous rafraîchir la mémoire, voici des extraits d’un article qui avait été publié à l’époque des manifestations :

L¹organisme Montréal-Nord Républik s¹est dit fier d¹être associé au COBP, «le seul groupe qui défend la population quand la police commet un crime.»

Les organisateurs profiteront de cette marche pour revendiquer une enquête publique et indépendante sur la mort de Fredy Villanueva, la fin du profilage racial et la reconnaissance que l’insécurité sociale va de pairs avec les inégalités économiques.

Le COBP, c’est le Collectif opposé à la brutalité policière. Leur site web n’est plus en ligne mais j’ai obtenu une copie archivée du site web tel qu’il était le 14 avril 2007, que vous pouvez consulter ici. (en fait j’ai découvert après l’écriture de l’article qu’ils avaient changé d’adresse pour ici) On y trouve un paquet de demi-vérités, présentées à la sauce « mes droits sont opprimés » :

Des membres du COBP ont souhaité la bienvenue aux manifestantEs et parlé des revendications, soit la fin des bavures et de l’impunité policières (le SPVM a tué au moins 37 personnes en 20 ans), la fin du profilage racial et du colonialisme, la fin de la chasse aux pauvres et la fin de la répression politique.

Et bien sûr les méchants médias ne les comprennent pas :

Ensuite, les médias de masse ont, comme à chaque année, parlé de vitres brisées plutôt que de la cause : les abus policiers et leur impunité qui brisent des vies humaines. Le lendemain de la manif, le journaliste Davide Gentile de la TV de Radio-Canada a quand-même demandé une entrevue avec un membre du COBP, affirmant qu’il avait reçu 4 emails « de bêtises » critiquant son reportage en direct de la manif la veille…

Beaucoup de divagations aussi :

Normand Lester est très proche de la GRC et probablement aussi du SCRS, mais il n’a pas répondu à savoir s’il travaillait pour la police…

Effectivement, après les évènements de Montréal-Nord, trouver un rappeur ou un groupe anti-policiers qui proteste contre la façon de faire des policiers, ce n’était pas très difficile. Même Dan Bigras y participait :

Dan Bigras était sur place pour faire la promotion de son nouvel album «Duos de la tendresse». La mort de Freddy Villanueva, abattu par la police à Montréal-Nord en août, est revenue sur la table. La répression est au cœur du drame et non la problématique des gangs de rue, selon lui, même si d’être policier dans ce secteur n’est pas facile.

Aujourd’hui, dans une annonce très claire et très bien documentée, le groupe d’avocats qui était responsable de déterminer si des poursuites devaient être prises envers les policiers qui ont intervenu dans l’affaire Montréal-Nord a exposé le déroulement de la scène qui a menée à la mort de Fredy Villanueva. Il s’est avéré que les protestations de ces groupes de pressions étaient complètement injustifiées. Les agents ont usé de la force nécessaire. L’enquête a été basée sur plusieurs enregistrements et des témoignages nombreux, incluant les témoignages spontanés, sur place, du groupe de jeunes qui étaient avec Fredy Villanueva. Il semble qu’avant de décider d’utiliser son fusil, un des deux policiers était en plein combat au sol avec le frère de Fredy Villanueva, et 4 membres du groupes étaient très proches du policier, si bien que l’un d’eux avait sa main sur la gorge du policier.

Je ne veux pas aller plus loin dans la description des évènements dans cette affaire. Il y aura une enquête publique qui a été annoncée par le ministre de la sécurité Jacques Dupuis.

Cependant je souhaite fortement que les groupes comme le COBP, ou les artistes qui appuient systématiquement la protestation contre les policiers, prennent la mesure de leur pouvoir médiatique et l’utilisent plus sagement. Pendant plusieurs mois, la vie de ces policiers, qui ont agit, selon l’enquête dévoilée aujourd’hui, de façon totalement professionnelle, a été boulversée parce qu’à chaque fois qu’on parlait d’eux à la télévision, on voyait des groupes de Montréal-Nord qui faisaient le lien entre ces évènements et une brutalité policière qui serait, de surcroit disent-ils, dirigée spécifiquement contre les minorités visibles. L’enquête publiée aujourd’hui montre que les groupes qui prétendaient cela ont extrapolé trop rapidement. À appuyer des causes aveuglément, sans attendre les résultats d’enquêtes quelles qu’elles soient, vous perdez énormément de crédibilité.

Voici quelques liens de ces fameux ‘contestataires’ qui prétendaient que Fredy Villanueva avait été assassiné :

Meurtre de Freddy Villanueva

Justice pour Freddy Villanueva, 43ième victime de bavure policière

Décès de Fredy Villanueva: Will Prosper s’attend à une enquête indépendante

Dossier Montréal-Nord. Vidéo-clip pour: Freddy Villanueva, David, Maniack, Michael St-Gervais…

Justice pour Fredy Villanueva | Homeless Nation

Manifestation Fredy Villanueva, Parc Pilon, Samedi 11 octobre, Montréal-Nord

HNS-info Fredy Villanueva victime d’une bavure policière.

Vraiment les amis, il est temps que vous arrêtiez de jouer les journalistes en herbe.

le TViste

Au Québec, les immigrants peuvent être racistes.

Vendredi, 7 novembre, 2008
publié par le TViste 10:03

Au Québec, il y a bien des choses qu’on ne se permet pas de dire en tant que québécois, mais qui peuvent sortir de la bouche des immigrants sans qu’on s’y oppose. C’était après la victoire d’Obama, dans un reportage de RDI qui suivait une soirée montréalaise où des gens de la communauté haitienne s’étaient réunis pour regarder les élections américaines. Tout de suite après l’annonce de la victoire d’Obama, la représentante du groupe et organisatrice de l’évènement était interrogée par la journaliste. Elle criait hystériquement : ON A UN NOIR PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS avec les yeux grand ouverts en sautillant devant la caméra. Vous allez me dire que c’est plutôt banal. D’accord. Mais juste pour le plaisir de l’exercice mental, essayez d’imaginer l’inverse. Essayez d’imaginer une victoire de John Mccain, et un blanc à la télévision qui dit : Ahhhh je suis rassuré, on a un blanc président des États-Unis. Le gars passerait pour un raciste. Pourtant il s’agit de la même déclaration, inversée.

Il y a quelque chose d’assez inquiétant dans cette frénésie soudaine pour la politique américaine pour 2 raisons. D’abord parce que ça montre qu’il y a une volonté de ghettoisation des immigrants eux-mêmes, dans ce cas-ci des noirs de Montréal, et qu’ils ont encore l’impression que si un noir atteint la présidence, c’est un ‘de leur gang’. C’est le contraire de l’égalité et de l’intégration. Il est spécial lui, il est noir, il NOUS représente. Le NOUS qui avait été prononcé par Jacques Parizeau en 1995 était peut-être innoportun, mais le NOUS qui est sous-entendu par cette folie Obama est probablement pire parce qu’il n’apparait pas au premier regard, mais il est bien là. NOUS avons gagné. NOUS avons un noir président des États-Unis. Deuxième raison pour laquelle c’est inquiétant: je doute que l’élection provinciale qui vient de démarrer anime autant la communauté haitienne de Montréal au point où ils auraient besoin de se rencontrer dans une salle le soir des élections. Il n’y a pas de meilleure preuve d’une absence d’intégration que de voir un immigrant s’intéresser plus à l’élection d’un membre de sa race dans un pays étranger qu’à l’élection de son propre premier ministre dans son pays d’intégration. C’est comme si on apprenait qu’un candidat aux élections en France aurait des racines québécoises, et qu’une gang de pures laines se réuniraient dans une paroisse le soir de l’élection pour voir s’il gagne.

Les noirs ont été opprimés dans le passé, ici, aux États-Unis et ailleurs. Ils ont eu de très bonnes raisons de combattre pour l’égalité, je ne le nie pas. Mais quel est l’état actuel du racisme comme forme de discrimination ? Est-ce que l’on peut encore considérer cette forme de discrimination comme majeure ? À entendre les représentants d’organismes qui représentent les communautés culturelles, on croirait que oui. À les entendre parler à la télévision, il semble que les policiers les abordent bêtement, et ils laissent entendre que c’est parce qu’ils sont des minorités visibles. Pourtant une étude américaine en 2006 montrait que la minorité la plus discriminée chez les américains sont …….. les athées! Voyez-vous beaucoup d’organisme de défense des droits des athées ? Voyez vous des regroupements d’athées à la télévision qui se plaignent du traitement qu’on leur inflige au milieu de travail ou dans leurs relations avec les policiers ? Personnellement je suis blanc et lorsque je trainais dans les rues quand j’étais jeune, les policiers m’abordaient effectivement avec un petit air bête, et si vous voulez mon avis il n’y a rien de grave là; ils représentent l’ordre, ils n’ont pas besoin de m’aborder comme si j’étais leur ami.

En fait, l’existence même des organismes de défense des droits des immigrants serait menacée si on en venait à la conclusion que le petit fond de discrimination raciale qui reste n’est pas pire que la discrimination envers les gros, les athées, les femmes à barbe, les homosexuels, les bolés à l’école. En gros, j’ai l’impression que le jour où les immigrants seront traités de façon égalitaire, ces organismes ne s’en apercevront même pas. Le fait que les États-Unis aient élu un président noir montre peut-être qu’au fond, ce jour est déjà arrivé depuis longtemps. Il ne reste plus qu’à ces organismes de se mettre à jour dans leurs informations.

Le TViste