Archive pour ‘Les coulisses du pouvoir’ Catégorie
RDI et l’abus des analystes politiques
Il fut une époque où le commentaire politique était réservé aux colonnes des journaux. Depuis plusieurs années, des canaux de nouvelles en continue tels que RDI et LCN sont apparus, ce qui a créé une augmentation de la demande pour des analyses ‘plus profondes’ de l’actualité; on ne répètera pas pendant 24 heures le même bulletin de nouvelle d’une heure. C’est ce vide à remplir qui est responsable pour l’agglutinement des commenteux de nouvelles et analystes politiques, ces journalistes professionnels spécialisés dans la dilution de la sauce politique, dans l’étirement de celle-ci jusqu’au point où elle ne goûte plus rien. De leur propre confession, leurs divagations ne s’adressent pas à tout le monde : on les a déjà entendu dire que tel ou tel évènement était très intéressant pour les journalistes du monde politique, mais qu’il aurait très peu d’impact sur le vote. Eh bien messieurs, et mesdames, si ce n’est pas intéressant, pourquoi en parlez-vous pendant 15 minutes ? La réponse est simple : il faut remplir l’émission, on ne peut pas faire une émission raccourcie parce que l’on a rien d’intéressant à dire. S’en résulte un endettement intellectuel, défini par Dany Laferrière comme ce qui arrive lorsque l’on parle ou écrit trop avec une intelligence limitée.
L’analyste politique se doit d’être objectif, ce qui a pour conséquence qu’il ne prendra pas position sur les sujets de fond. Afin de rester dans sa zone de confort, il aura le réflèxe de se contenter d’une analyse superficielle de la ’stratégie’ politique. L’exception à cette règle est Le club des Ex (RDI), un très bon exemple de ce que devrait être l’analyse politique : une analyse par des gens qui sont prêts à prendre position sur les enjeux de fond, avec un commentaire et une analyse de la stratégie politique qui deviennent alors secondaires. En nous mettant des analystes politiques qui sont tenus à l’objectivité et à la non-partisanerie, c’est un peu comme si on nous mettait une bonne soeur catholique pour animer une émission de sexologie, ça marche pas. Pourquoi ça ne marche pas ? Parce que ne pouvant pas commenter les enjeux de fonds, ils sont réduits à faire une analyse stratégique, un peu comme si la politique était un jeu de hockey, et que les commentateurs nous expliquent le jeu en faisant des dessins de flèches rouges et bleus sur l’écran. Nous sommes en droits de nous inquiéter que l’exercice démocratique qui déterminera le prochain gestionnaire des milliards de dollars collectés par nos impôts soit considéré par les têtes d’affiches des canaux d’information comme une game de hockey.
On parle souvent du cynisme de la population envers la politique. Pas surprenant que les gens soient devenus cyniques alors que leurs premières sources d’informations pour les nouvelles politiques s’appliquent à nous convaincre à grands coups de Chantal Hébert et de Michel C. Auger que l’important en politique, c’est l’image, c’est la petite chicane, c’est l’erreur de campagne, c’est d’avoir des belles journées parfaites sans anicroches, c’est de tenir les membres de son parti en lesse, c’est la planification de l’apparence. Ces experts de l’image, on peut les écouter pendant des heures, et on n’a toujours rien appris d’autre que les chimères qu’ils auront décidés de s’inventer dans leurs propres esprits désaxés. Ils nous disent que la population comprend mal le plan vert de Stéphane Dion, mais dans leurs longues heures d’apparition télévisée n’ont jamais pris le temps d’en parler ne serait-ce qu’une minute. Si il y a quelque chose que vos auditeurs ne comprennent pas, pourquoi ne pas leur expliquer ? Sommes-nous si stupides ? Je ne demande pas une lecture partisane du texte, mais n’est-ce pas possible d’aller un peu plus en profondeur que de dire : ah les gens ne l’ont pas compris en une clip de 10 secondes, alors ils ne comprendront jamais.
Ils ont fait le même coup de l’analyse de l’image au Bloc Québécois mercredi dernier alors que Jacques Brassard, un chroniqueur de droite, écrivait un torchon dans lequel il remettait en cause l’existence du Bloc Québécois. Jusqu’ici, it’s business as usual, il n’y a pas d’élection pendant laquelle on n’ait pas remis en question l’existence du Bloc Québécois, un parti qui a pourtant rallié des majorités importantes au Québec depuis sa naissance. De plus, l’attaque venant d’un vieux chroniqueur de droite, on a de la difficulté à s’en surprendre. Jacques Brassard fait partie de cette génération qui ont vu la révolution tranquille, qui y ont participé, dans son cas qui se sont fait élire sous les gouvernements du Parti Québécois de 1976 à 1998, et qui tout à coup, bogue de l’an 2000 ou autres explications, tel un vin mal conservé, tournent au vinaigre et alors qu’ils approchent la retraite deviennent pro-droite, admirateurs des américains, anti-kyoto, contre l’intervention de l’état. En bref, ils se seront battus pour l’égalité tant que c’était à leur avantage, et appuient maintenant le chacun pour soi alors qu’ils sont riches. Fermeture de la paranthèse, vous comprenez qu’il n’y a dans cette nouvelle aucune nouvelle : un gars de la droite qui chiale contre le Bloc et qui remet en question son existence. Mais nos analystes politiques désaxés n’aiment pas le vide, ils veulent construire, ils veulent des belles structures d’idées, peu importe si c’est bâti sur un sable mou.
On en arrive donc, par un exercice mental douteux, à ce grand titre : Gilles Duceppe critiqué de l’intérieur. Soit j’ai manqué quelque chose, soit il nous faut réviser en profondeur la signification des mots intérieur et extérieur. Juste un rappel comme ça, l’intérieur d’un kiwi par exemple, c’est la chair verte. Et l’extérieur, c’est la pelure brune. Et la boîte de patates pilées en flocons, à côté du kiwi, ça, on considère ça comme l’extérieur. Mais je blague, ce n’est pas la définition de l’extérieur et de l’intérieur qui fait défaut chez nos analystes politiques, c’est qu’ils avaient besoin d’une nouvelle. Or, ‘Vieux de la droite continue de chialer’, ce n’est pas une nouvelle. ‘Gilles Duceppe critiqué de l’intérieur’, ça mon ami, c’est un titre.
le TViste
Commentaires récents