Vous parcourez les archives pour la catégorie Tout le monde en parle

Archive pour ‘Tout le monde en parle’ Catégorie

Charles Taylor n’est pas un philosophe.

Lundi, 22 février, 2010
publié par le TViste 12:55

Triste spectacle ce soir à Tout le monde en parle, alors que finalement se démasquait l’imposteur qui s’était fait engager à la commission Bouchard-Taylor sous le titre de philosophe.

Si on était en 1950 et qu’on posait la question à un philosophe: « Êtes-vous pour ou contre les droits des homosexuels ? ». Et si le philosophe répondait: « Bien sûr que non, ce serait contre le cadre juridique auquel nous avons été habitué. », sentiriez-vous que vous avez été bien servi ? Diriez-vous de l’homme qui vous donne cette réponse qu’il s’agit d’un bon philosophe ? Non. Parce que si la philosophie sert à quoi que ce soit, c’est certainement de nous permettre de penser hors du cadre des lois. Si on commande une commission pour commenter le cadre juridique sur un sujet ou un autre, la pire des choses serait que la personne engagée se limite à penser à l’intérieur du cadre des lois. Comment peut-on prétendre à la fois avoir un droit de regard et une autorité morale pour faire des recommandations au législateur et d’un autre côté ne pas se permettre de penser en dehors du cadre légal créé par ce législateur ? Pour poursuivre mon exemple de 1950, si aucun philosophe ne se serait permis de penser à l’extérieur du cadre des lois de l’époque, la sodomie serait encore aujourd’hui interdite. Hors ce que Charles Taylor a démontré ce soir à Tout le monde en parle, c’est qu’il est incapable de penser à l’extérieur du cadre légal canadien actuel. Et par conséquent il s’invalide lui-même comme philosophe intéressant pour commenter ou suggérer quoi que ce soit au législateur, puisque pour lui les lois actuelles sont des dogmes. Lui demander de s’occuper de la commission sur les accommodements raisonnables, c’était comme de demander à une soeur catholique de trancher la question à savoir si Dieu existe. La réponse était connue d’avance et n’amène rien.

Guy A. Lepage a mené une excellente entrevue qui a permis de faire ressortir ce point. Il a commencé avec les questions faciles pour lesquelles on connaissait déjà les réponses de Taylor. Une employée de la fonction publique peut-elle porter le voile ? Oui. Une enseignante peut-elle porter le voile pendant son travail ? Oui. Une étudiante peut-elle porter le voile à l’école ? Oui. Ainsi Charles Taylor se montre très permissif; que des employées de l’état diffusent leur propagande religieuse au public et à nos enfants, sur des heures de travail payées de nos propres poches, ça ne le dérange aucunement. Mais Guy A. Lepage a posé la question qui fait mal: Doit-on permettre la polygamie ? Et à cela Charles Taylor répond: « Bien sûr que non », et Guy A. Lepage lançant un « Pourquoi ? », il répond « C’est le cadre juridique auquel nous avons été habitué ».

C’est cette réponse qui décrédibilise tout le reste. Parce qu’on se rend compte que Charles Taylor, malgré ses longues études à l’Université Oxford et ses nombreux écrits traduits en de nombreuses langues, n’est pas un libre penseur. Pour lui, la présence d’une loi au moment présent est suffisante pour rendre caduque tout questionnement d’un comportement. Ce n’est pas avec ce genre de mentalité que l’on fait des révolutions. En fait ce n’est même pas avec ce genre de mentalité qu’on aurait pu créer la charte des droits et libertés, parce qu’il se serait trouvé quelqu’un pour dire que les homosexuels n’ont pas de droits, et que c’est « le cadre juridique auquel nous avons été habitué ». C’est l’ironie dans tout ce cirque philosophique: le grand défenseur de l’acceptation de l’autre et des droits et libertés des personnes religieuses garanties par la charte des droits et libertés n’aurait même pas eu le niveau intellectuel pour créer la charte qu’il défend maintenant avec autant de passion.

Mais Monsieur Taylor, pourquoi la polygamie ne devrait-elle pas être permise ? Si trois personnes consentantes vivent une relation saine, pourquoi n’auraient-elles pas les mêmes droits que toutes les autres ? En plus, généralement ces relations se vivent dans la sphère privée! Quand on y pense et que l’on compare avec les autres droits que vous défendez comme le droit de diffuser de la propagande religieuse dans une école primaire en portant le voile devant des enfants, il me semble que la polygamie pratiquée à la maison, sans déranger personne, me semble tout à fait raisonnable.

Bien sûr ce texte n’en est pas un d’appui à la polygamie. Pour moi autant la propagande religieuse en institution gouvernementale que la polygamie devraient être interdites. Je voulais seulement soulever cette contradiction incroyable de l’homme qui d’un côté dit qu’une enseignante peut diffuser activement sa pensée religieuse à des enfants, mais d’un autre trouve tout à fait normal d’interdire une relation à 3 comme il en existe déjà et pour lesquelles il n’y a pas vraiment d’impact sur la vie publique, et tout ça simplement parce que « c’est le cadre juridique actuel ». Ça remet les choses en perspective, et moi ça me fait penser que les divagations tardives d’un vieux philosophe en contradiction avec lui-même ne constituent pas nécessairement la meilleure des bases pour créer des politiques publiques sur l’immigration qui font du sens.

Quand Pauline Marois est passée, ç’a été un soulagement. Malgré l’opposition qu’il pouvait y avoir de la part de Monsieur Taylor, je crois que Pauline Marois a su bien expliquer quelque chose: qu’on ne peut pas décider que 75% des québécois ont torts. Que si 75% des québécois pensent qu’il y a un problème avec les accommodements religieux, c’est peut-être qu’il y a vraiment un problème et qu’il est légitime de se questionner. N’en déplaise aux moutons des chartes comme Charles Taylor, qui voudraient bien réduire le questionnement fondamental qui est posé par la population à une genre d’hallucination collective dans laquelle tout le monde fait fausse route, sauf lui.

Dans notre superbe démocratie canadienne qui fait rougir tout le monde dans toute le monde, la liberté de religion a priorité sur d’autres libertés – entre autres celle de s’habiller en punk (on banni facilement un adolescent d’une école avec habit obligatoire s’il arrive habillé en punk avec les cheveux roses, mais on tremble devant une jeune fille qui veut porter le voile pour des raisons religieuses). On se retrouve donc dans un pays où la liberté d’expression n’est pas égale pour tout le monde : étant donné que la liberté de religion est montée en mousse par rapport aux autres libertés d’expression, l’athée a moins de droit que la personne religieuse. Les croyances en des idées non-religieuses n’ont pas le même droit à l’exposition publique que les croyances religieuses. Une musulmane peut porter le voile en travaillant chez McDonald’s, mais on ne pourrait pas travailler avec une casquette qui dise : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Au sens légal pourtant, le port du voile ne peut pas être vu comme une utilisation du droit à la liberté de religion: porter le voile c’est plus que vivre sa religion, c’est la diffuser, la montrer à tous. Le port du voile devrait donc être considéré comme un acte non pas de liberté religieuse mais bien de liberté religieuse combiné à la liberté d’expression, et les limites de cette liberté d’expression devraient être les mêmes que les limites imposées à d’autres formes de liberté d’expression. Entre autres, un employeur devrait pouvoir demander à son employée de retirer le voile lorsqu’elle travaille avec le public, tout comme il a le droit de demander à son employé d’enlever sa casquette sur laquelle il est écrit : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Et quand je parle d’employeur, j’inclus l’état, j’inclus les écoles, et j’inclus les hôpitaux.

Or le déséquilibre entre les idées religieuses et les idées non-religieuses n’est pas seulement symptomatique dans nos institutions, au travail, et dans le système légal canadien. Il est aussi présent dans nos médias. La dernière instance de cet envahissant phénomène est l’invitation de cette soi-disant réalisatrice québécoise qui a fait un film sur le port du voile alors qu’elle ne savait même pas si elle voulait elle-même continuer à le porter. Le problème n’est pas tant ce film en tant que tel mais la masse considérable de petits films-reportages produits sur la question. C’est comme si toute québécoise qui se convertie à l’Islam à cause d’une histoire d’amour folle avec un musulman méritait un reportage de 30 minutes à RDI. Quand va-t-on faire de tels reportages sur des athées qui vivent très bien comme athées ? Il y a à peu près 10 québécoises par année qui se convertissent à l’Islam et il y a à peu près 10 reportages par année sur ces illuminées instantanées. Il y a des dizaine de millier d’athées au Québec. Quelle est la dernière fois où vous avez vu un reportage sur l’athéisme et sur comment ces gens vivent, ce en quoi ils croient ? Pourquoi met-on à l’avant sur notre scène médiatique des cas de bizarreries dont personne ne souhaite la multiplication plutôt que de présenter la vraie diversité des croyances des gens de partout à travers le Québec ?

Black-Out à TQS: Quand les astres s’alignent.

Lundi, 2 novembre, 2009
publié par le TViste 7:26

La plupart du temps, je vous offre des commentaires et réactions à chaud sur l’actualité télévisuelle québécoise. Dans ce deuxième d’une série d’articles, je vous présente plutôt une rétrospective d’un évènement télévisuel qui a marqué l’histoire de la télévision québécoise en l’analysant plus en profondeur que ce qu’un premier regard aurait permis de faire.

Il y a de ces moments dans la vie où des évènements critiques et déterminants pour l’avenir se produisent. Où tous les éléments d’une équation complexe sont précisément mis en place. Où les astres sont alignés. Je vous donne une série de noms, essayez de trouver le dénominateur commun : Robert Gillet, Jean-René Dufort, Jean-François Mercier, Benoit Dutrizac, Richard Desmarais, Gilles Proulx. Ce sont tous des animateurs soit de Bye Bye ou d’émissions d’affaires publiques qui à un moment ou à un autre, ont été controversés. Rien ne relit vraiment ces gens l’un à l’autre à part ça : ils sont de générations différentes, de styles différents et d’idéologies différentes. Pourtant, en 1998, toutes ces personnes sont passées sur le même plateau d’une émission de télévision qui n’aura pas fait long feu mais qui pourrait être à l’origine d’un style en télévision québécoise : Black-Out.

TQS n’a plus ou moins jamais été rentable. Cette chaîne lancée en 1986 avait pour mandat d’offrir une programmation qui soit maintenue sur toute l’année, contrairement aux autres chaînes qui interrompaient plusieurs émissions pour la saison estivale, d’où le nom, Télévision Quatre-Saisons. En 1996, Vidéotron fait une tentative d’achat de TQS, achat qui est rejeté par le CRTC qui ne veut pas que les deux chaînes privées généralistes soient possédées par une seule et même entreprise. C’est finalement Québécor qui met la main sur le réseau (qui mettra ensuite la main sur Vidéotron de toute façon et qui se débarassera de TQS par la suite). Québécor impose ses politiques à TQS et réussit à compresser les dépenses, entre autres en coupant les budgets de production et en réunissant les studios d’enregistrement sous un seul et même toit. Du même souffle, TQS commence à faire dans le sensationnalisme et à se développer l’image de mouton noir qu’on lui connaîtra jusqu’à il y a peu de temps. Les émissions du crû 1998 à TQS sont fortement marquées par un style provocant, irrévérencieux, et parfois américain. Je me souviens comme si c’était hier de l’excitation que je pouvais ressentir quand je voyais les annonces décrivant la nouvelle programmation de l’automne; j’avais alors 14 ans. 1998 c’est l’année de naissance de Black-Out, de 110%, et de plusieurs émissions de sensationnalisme à l’américaine comme ces émissions où l’on voit des interventions policières, etc… Rien de très édifiant intellectuellement, mais très divertissant.

L’émission

Pour vous rafraîchir la mémoire et vous faire comprendre à quel niveau on vole (pas très haut), voici l’émission pendant laquelle on amène sur le plateau des voyants et  »ufologues » pour nous parler des phénomènes paranormaux. Jean-René Dufort est présent dans la salle en tant qu’ancien sceptique.

C’est quand même drôle de voir Robert Gillet faire la leçon à l’invité qui se dit pédagogue sexuel pour les enfants de 13 ans alors que Robert Gillet a été condamné 7 ans plus tard pour avoir payé une prostituée de 17 ans. L’émission la plus intéressante en termes de personnalités présentes est celle-ci :

Dans cette émission, réunis sur le même plateau : Richard Desmarais, qui répandra par la suite son fiel fédéraliste puant dans des émissions comme L’avocat et le diable, Benoit Dutrizac qui animera l’insignifiant Dutrizac, Robert Gillet qui deviendra l’un des fameux animateurs de radio de Québec, et Gilles Proulx, qui aura été tapoché médiatiquement pour avoir affirmé qu’une victime de viol l’avait cherché et pour ne pas avoir su s’excuser correctement lors d’un passage à Tout le monde en parle. Finalement la seule personne respectable dans cette émission, c’est Jean-François Mercier qui se présente comme un spectateur en chandail de pouilleux qui en veut à Gilles Proulx. C’est tordant. On n’hésite pas à utiliser de faux spectateurs : d’abord Jean-François Mercier et puis Gilles Guindon, à la fin du vidéo, qui quelques émissions plus tard joue le rôle d’intervenant dans l’émission. Il ne manque que Richard Martineau et la photo de famille serait complète, on aurait la collection complète des commentateux auxquels on aura droit jusqu’en 2009 en télévision québécoise.

Au fond Black-Out aura été un lieu de rencontre privilégié pour des animateurs qui ont la caractéristique commune de jouer avec les idées borderline. Plus on est provocant, plus les côtes d’écoutes augmentent, jusqu’au seuil du scandale. Seuil qui aura été atteint très rapidement par Black-Out. Dans ce contexte, il est très facile de tomber dans le syndrome Jerry Springer : descendre à des niveaux vraiment, vraiment, vraiment bas. Après quelques émissions de Black-Out, des plaintes étaient reçues au CRTC. Une émission sur les homosexuels qui ne volait pas haut a été jugée acceptable malgré les plaintes au CRTC. Puis une émission sur le bien-être social a été jugée offensante par le CRTC parce que les gens qui avaient été invités étaient des gens qui disaient être sur le bien-être social par choix et simplement parce qu’ils ne voulaient pas travailler, ce qui laissait une très mauvaise image du bien-être social. Malgré le fait que Black-Out ait cessé d’être diffusé, je suis convaincu que les fantômes de l’émission vivent encore aujourd’hui à travers beaucoup d’émissions dites d’affaires publiques dans lesquelles des vieux cons de droite diffusent leur propagande aux brebis en recherche de prêt-à-penser.

P.S. : Lors de mes recherches sur le sujet, je suis tombé sur un autre blogueur qui avait revu l’histoire de Black-Out. Vous pouvez consulter son article ici. J’ai quand même décidé de publier le mien puisque les contenus ne sont pas redondants.

H1N1: le virus télévisuel

Dimanche, 25 octobre, 2009
publié par le TViste 6:58

Depuis quelques années, on voit circuler dans les médias québécois des phénomènes viraux. Typiquement, l’épidémiologie de ces phénomènes est toujours très semblable. Une phrase à scandale ou une information circule dans des médias plus ou moins populaires ou dans des milieux autres que la télévision, comme le milieu scientifique. Le virus est en gestation, mais aucun symptôme n’est visible au sein de la population. Le virus télévisuel peut rester ainsi inactif pendant des années; prenez les études sur le quotient intellectuel moyen des groupes ethniques citées par le Doc Mailloux, qui avaient été effectuées en 1993. Prenez le récent scandale sur le tourisme sexuel avec Frédéric Mitterand, dont les activités étaient décrites depuis 2005 dans sa propre autobiographie. Éventuellement, un journaliste ou un animateur se met à tousser : il sort l’information dans une reportage, dans une émission d’affaires publiques ou dans la presse écrite. Étant donné que l’une des sources d’information les plus utilisées par les journalistes sont les journalistes eux-mêmes, la toux se répand soudainement : la nouvelle, mise à jour par un journaliste, est reprise dans tous les autres journaux et les reportages télévisuels. On parle autant de l’évènement original que de la couverture de l’évènement, puis que de la couverture de la couverture de l’évènement. On est dans la spirale pandémique, la description de l’évènement devient un évènement en soi.

C’est la même chose avec cette folie télévisuelle qu’est la grippe H1N1 et la vaccination contre cette grippe. Je n’ai pas l’habitude de faire part de mes expériences personnelles, mais voilà pourquoi j’écris sur le sujet : il y a 1 semaine et demi, j’ai attrapé la grippe H1N1. Méchante grippe, j’ai fait de la fièvre pendant 1 semaine, j’étais complètement paralysé et je restais au lit. Après une semaine et demi, je suis encore sur les halls 24/24. Grosse grippe donc, mais pas plus qu’une autre. Loin de la dangereuse pandémie annoncée depuis des mois à la télévision. Cette supposée pandémie mortelle qui a justifié l’achat de 11.5 millions de doses du vaccin contre le virus, soit 4.5 millions de doses de plus que la population du Québec en entier. Qu’on ne se surprenne pas que les conspirationistes délirent sur la possibilité que tout ça soit organisé par l’industrie pharmaceutique; ils ont réussi à vendre 2 fois plus de vaccins que nécessaires. L’industrie de la construction ne ferait pas mieux. Et le danger réel de ce virus ? Ne cherchez pas d’information objective sur le sujet. Les rumeurs se répandent à travers la classe journalistique comme une grippe porcine au sein d’une porcherie. Les journalistes nous préparent donc un compte des morts. Wow. 100 morts ici, 250 morts là-bas. Bien sûr ces comptes sont toujours en chiffres absolus : pas vraiment intéressant de savoir combien il y a eu de morts si on ne connait pas les conditions de santé des gens, et finalement quel est le pourcentage des gens qui ont eu la grippe qui en sont morts. Est-ce que ce pourcentage est significativement plus élevé qu’avec la grippe saisonnière ? Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de lieu de lancer une campagne de vaccination nationale. Comme on l’apprenait à Tout le monde en parle la semaine passée, tout indique que la grippe est en fait moins grave que celle que l’on voit apparaître chaque année. La page Wikipédia décrivant le virus H1N1 est assez rassurante aussi :

Des virus du sous-type H1N1 sont responsables des pandémies de grippe en 1918 et en 2009 ainsi que d’une partie des grippes pandémiques saisonnières.

En gros, il n’y a rien de spécial dans la vague de grippe de 2009 par rapport aux autres vagues de grippes observées depuis 1918. Ce virus n’est pas un nouveau virus, c’est la bonne vieille modification qui réapparait à chaque année avec quelques changements, et c’est tout. Mais les folies journalistiques et gouvernementales entourant cette grippe ont non seulement un impact sur le porte-feuille de l’état, puisque l’on met en place des moyens extraordinaires pour forcer un vaccin contre une petite grippe dans le bras de tous les québécois, mais elles ont aussi un impact sur la vie quotidienne des gens qui sont les premiers à avoir attrapé la grippe, comme moi. Vous auriez dû voir les gens à qui je parlais sur mon lieu de travail (je suis présentement aux États-Unis et la peur est cultivée encore plus violemment qu’au Québec). C’est comme si je leur annonçais que j’avais l’Ébola et qu’après simplement avoir parlé avec moi ils mourraient dans la semaine. On parle ici d’une grippe normale comme toutes les autres grippes saisonnières, mais on a réussi à rentrer dans la tête des gens par des méthodes journalistiques douteuses et un phénomène d’entraînement qu’il s’agissait là d’une grippe mortelle et qu’il ne fallait surtout pas l’attraper. Or je suis désolé de vous l’apprendre les amis, vous allez attraper la grippe H1N1. Vous allez avoir de la fièvre, vous allez tousser, et vous allez vous en remettre. Comme à chaque année.

Le pire c’est quand j’entends les journalistes nous dire que la grippe A H1N1 de cette année est particulière; qu’elle attaque plus les jeunes en bonne santé. Or quand on a questionné le responsable de la santé publique du Québec à Tout le monde en parle dimanche dernier, il a répondu : ‘Oui c’est vrai la grippe touche des personnes particulièrement jeunes, la moyenne d’âge pour les cas de mortalité est de 53 ans au Québec.’. Bin ça c’est la meilleure. Si 53 ans c’est jeune, moi je dois être un embryon.

Christian Mistral est l’écrivain (si votre définition d’écrivain se limite à quelqu’un qui écrit des livres) qui s’était ridiculisé en 2008 à Tout le monde en parle. Pour ceux qui ont la mémoire courte, voici des extraits :

http://www.youtube.com/watch?v=8ou8Tf3S5Hk

http://www.youtube.com/watch?v=9JqCNdYj5eg

Dès l’entrevue, on comprenait bien que l’homme n’acceptait pas l’opposition. Alors qu’il venait de divaguer sur certaines questions qu’il n’aurait pas voulu posées par Guy A. Lepage, la journaliste présente à l’émission lui demandait : quelles sont ces questions que vous ne voulez pas qu’il pose ? Il lui répondait avec violence ‘on a pas élevé les cochons ensemble à ce que je sache’, lui demandant de ne pas continuer à le questionner sur ces secrets qu’il prétendait lui-même cacher. Ensuite, il disait qu’il avait au moins une quinzaine de secrets qu’il ne voulait pas révéler. Ce qu’il y a de plus drôle, c’est qu’il avait déjà parlé à la journaliste au début de l’entrevue et ses questions ne semblaient pas le déranger. C’est seulement quand elle s’est mise à le questionner sérieusement qu’il a répondu avec violence. On apprenait aussi lors de cette entrevue qu’il avait été condamné 4 fois entre 1994 et 1996 pour des actes violents envers une femme. ‘Êtes-vous sûr que c’était 4, je croyais que c’était 3′, disait-il nonchallament. Plus tard dans l’entrevue, il comparait Éric Lapointe à une vidange (après quoi il s’excusait en disant qu’il voulait faire une blague avec ‘vie d’ange’).

Or les instincts de censeur du Mistral ne ressortent pas seulement lorsqu’il est contrarié à la télévision, il semble que sur le Net ce soit la même chose. Son blog est depuis quelques temps sous surveillance par Blogger, le service de blogs gratuits de Google, si bien qu’il est impossible d’accéder au blog sans visionner un avertissement qui nous apprend que plusieurs plaintes indiquent que le site contient des propos offensants, et qu’en y accédant nous comprenons bien que ces propos ne sont pas endossés par Blogger. Personnellement, c’est la première fois que je vois Blogger aller aussi loin. Mais ce n’est pas tout : le Mistral se donne le droit de censurer les messages qui vont contre sa propre opinion. Ainsi, lorsque l’on écrit un commentaire sur ce blog, on doit attendre quelques jours afin que le Mistral prenne le temps de les lire, et qu’il décide soit de les jeter aux poubelles, dans les cas où il est contrarié, soit de le publier dans les cas où les propos vont dans le sens qu’il veut bien. Dans un article récent, il offrait son support à Roman Polanski en laissant croire que la pédophilie n’était pas un crime grave, surtout quand ça fait des années et que le juge impliqué dans la décision est un gros méchant. Et encore plus quand le criminel est un Artiste. Certains détails sur l’histoire Polanski n’étaient pas vraiment exposés dans l’article; entre autres le fait que Roman Polanski a lui-même plaidé coupable pour ces crimes avant de fuir la justice. J’ai donc cru bon écrire un premier commentaire pour indiquer mon désaccord avec cet appui :

Vous vous rabaissez en soutenant ainsi aveuglément quelqu’un qui est suspecté d’un crime grave. Il suffit de laisser le procès se dérouler normalement, et s’il est trouvé coupable, la dernière chose à faire serait de justifier ces crimes par son statu.

L’écrivain répond par un brouillon rempli de métaphores plus ou moins pertinentes :

Fascinant. Votre commentaire est irréprochable, en phase parfaite avec à peu près tous les autres qu’on peut lire à peu près partout en blogosphère occidentale, rédigés en langues romanes, saxonnes ou scandinaves, depuis le refus obtus de s’informer des faits jusqu’à l’impératif pleutre paraphe pseudonymisé que pissous et poltrons de tous poils préfèrent à leurs propres patronymes.

Mais vous vous distinguez du troupeau pavlovien de perroquets parlants dont les pets répétés passent pour libre-pensée: en effet, vous êtes le premier à prétendre en plus que moi, MOI je prendrais position aveuglément!

Pauvre Polanski, pris en pleine hystérie de potences, prisons perpétuelles, pendaisons publiques et autres punitions populaires. Doit s’ennuyer de la Pologne éviscérée. Doit réaliser qu’en vérité le fascisme a gagné…

Le Mistral pense au pauvre Polanski plutôt qu’à la pauvre victime. Une sorte de solidarité syndicale entre ex-criminels j’imagine. J’ai répondu de manière très polie à son commentaire impertinent en expliquant plus clairement mon point de vue et j’ai attendu. 1 jour. 2 jours. Finalement d’autres commentaires publiés plus tard que le mien ont commencé à apparaître sur le site. J’ai compris que je venais d’être victime de censure. Par un écrivain. Plutôt paradoxal. Je ne publierai pas le commentaire censuré ici puisque je n’avais pas gardé de copie de sauvegarde (je suis naif, j’ai tendance à croire qu’on ne peut être censuré en 2009 au Québec). En gros, j’expliquais qu’il fallait laisser le système de justice analyser la question et que c’est l’essence même de la justice que de s’appliquer de manière égale à tout le monde.

Jusque là j’avais accumulé assez envers cet homme pour en parler brièvement dans un article, mais ce soir il a dépassé les bornes. Dans un article récent d’analyse politique bidon dans lequel il prétend que Denis Coderre deviendra premier ministre du Québec et fera l’indépendance du Québec, Noisette Sociale a fait un commentaire, rien de méchant :

Je crois moi aussi que si l’indépendance arrive un jour, elle arrivera probablement de la manière dont on s’en attend le moins… Par contre, je ne nous souhaite pas Denis Coderre comme premier ministre du Québec. Je n’en voudrais pas non plus comme maire, ni même comme commissaire scolaire.

:-P

Et le Mistral de répondre :

Les dix derniers premiers ministres, t’en aurais pas voulu non plus, pas pu les imaginer, les concevoir, les absorber, anyway farme donc ta yeule pis réfléchis pis après viens parler.

Beaucoup de classe cet écrivain. Au fond c’est peut-être Renart l’éveillé qui a trouvé le commentaire le plus pertinent face à toute cette violence :

le TViste

Les terroristes anti-Bye Bye l’emportent

Mercredi, 30 septembre, 2009
publié par le TViste 6:06

L’année passée, un groupe noyauté armé de mauvaise foi avait pris en otage la société québécoise et même ce blog en nous expliquant que les rires que 4 millions de personnes avaient émis pendant la diffusion de l’excellent Bye Bye 2008 étaient racistes, anti-canadiens, et violents. Nous apprenons cette semaine que ces extrémistes de l’idiotie globale et homogénéisée ont réussi à nous enlever l’une des dernières émissions après laquelle on pouvait dire qu’être québécois, ça voulait encore dire quelque chose. Le Bye Bye est maintenant une patate chaude que personne ne veut tenir. Les divers articles vous fourniront diverses explications à l’absence du Bye Bye cette année : RBO n’avait pas le temps, Véro est enceinte. Oui, tout ça est vrai. Mais en 2006 non plus, ils n’avaient pas de temps, ils le trouvaient. Véro enceinte, d’accord, mais à ce que je sache c’est Louis Morissette et d’autres qui écrivaient les sketchs et l’animatrice aurait été remplaçable. Pourquoi pas une fille de Call TV ? Elles doivent bien savoir lire des scénarios. En gros toutes ces raisons sont bien vraies mais elles ne justifient pas un abandon complet du Bye Bye; la vérité c’est que la marde que le Bye Bye peut soulever est devenue trop grande pour les bénéfices. Le Bye Bye est une émission prestigieuse, qui coûte cher et qui demande énormément d’efforts aux équipes, et ça rapporte peu économiquement par rapport à l’investissement. Ça a toujours été le cas, mais généralement le prestige de l’émission a fait pencher la balance en faveur de la diffusion du Bye Bye à chaque année. Finalement, le tapage anti-Bye Bye 2008 aura fait pencher la balance de l’autre bord. Peut-on vraiment blâmer les artistes ? Investir plus d’efforts qu’à l’habitude pour être payés moins cher et se faire chier dessus pendant deux mois après la diffusion. On ne peut qu’en vouloir aux terroristes anti-Bye Bye.

Jacques Demers: notre honte nationale au sénat.

Lundi, 28 septembre, 2009
publié par le TViste 6:46

Jacques Demers est passé à Tout le monde en parle hier et les rapaces si sauvages lorsqu’il s’agit de gars comme Jeff Fillion ont décidé qu’il y passait sans trop de difficultés. La première chose qu’on apprend dans cette entrevue c’est que Jacques Demers ne prend position pour aucun parti mais qu’il voue une loyauté totale à Stephen Harper à cause que  »c’est lui qui a fait de [Jacques Demers] un sénateur ». En gros Stephen Harper est tellement désespéré quant à sa situation au Québec qu’il en est rendu à acheter ses votes un par un au coût de 130,000$ / année, pris directement dans votre poche de contribuable. Grosse réflexion politique : Ah il m’a donné une job alors je vais voter pour lui. C’est ainsi que les systèmes les plus injustes et les plus corrompus de l’histoire de l’humanité ont été maintenus pendant des millénaires, et Jacques Demers, tel un mollusque apolitique, ne fait pas entorse à la tradition. Jacques Demers nous innonde ensuite de ses bonnes intentions : il est là pour représenter les enfants abusés et les analphabètes au sénat. Mais on s’aperçoit vite que les chemins de l’enfer sont pavés de bonne volonté : Jacques Demers nous expose sa pensée politique (si pensée il y a) lors d’une entrevue d’un format très pertinent menée par Guy A. Lepage.

Êtes-vous pour ou contre l’avortement ?

Jacques Demers a été bien briefé, et il ne prend position sur rien très clairement. Il dit qu’il aimerait d’abord étudier au cas par cas.  »Voir le dossier ». Monsieur Demers, ce genre de réaction est innaceptable au Québec. La politique publique du Québec depuis plus de 40 ans c’est d’offrir un accès libre à l’avortement indépendamment du dossier; indépendamment des idées religieuses préconçues (le fait que vous spécifiez être catholique en début de réponse est très inquiétant); et finalement indépendamment de ce que tout sénateur a à dire sur la question. En ce sens votre réponse est totalement dans la lignée du parti conservateur : on ne prend pas position mais on travaille progressivement et sournoisement pour nuire à l’accessibilité. Une personne qui n’est pas capable d’affirmer clairement qu’elle est pour l’accès à l’avortement dans une phrase simple et sans équivoque n’est pas digne de représenter le Québec à un parlement.

Êtes-vous pour ou contre la peine de mort ?

À cette question, la maladresse et le manque de connaissances de Jacques Demers sont à faire rire ou à faire pleurer, c’est vous qui choisissez. Le Québec et le Canada ont choisi d’abolir la peine de mort. C’est une question réglée et même si il n’est pas interdit de ramener le débat, c’est complètement ridicule comme sénateur de dire : Ah oui moi ce qui me touche, ce sont les abuseurs d’enfants et dans ces cas-là je ramènerais la peine de mort. Vive le moyen-âge, moi ce qui me touche ce sont les meurtriers en série, est-ce que je peux les tuer ? Ah moi je préfère les fraudeurs financiers, je peux les tuer ? Non moi je trouve que ce sont les gens accusés de sorcellerie qu’on devrait tuer. La peine de mort à la carte, votez pour votre préféré. 1$ par appel.

Le sénat n’est-il pas une institution désuète ?

Ici Jacques Demers nous donne une belle grosse réponse de joueur de hockey : Non Dany, je te jure que j’y suis allé et que j’ai vu que les gars travaillaient pour vrai. Phoauoauauoauaouaoua. Monsieur Demers, un hamster qui coure dans une roue, ça travaille fort, pourtant ça ne fait pas avancer l’humanité. Le sénat est tellement désuet qu’il n’a plus personne qui défende son maintien tel qu’il est présentement. Votre propre chef Stephen Harper a en partie basé sa popularité sur ses promesses de réforme du sénat. On le voit clairement dans votre réponse, vous n’avez pas les capacités intellectuelles nécessaires à une vraie réflexion sur le sénat et c’est en nommant des gens comme vous sénateurs que l’on s’assure que l’institution ne sera jamais remise en question de l’intérieur.

Si l’homme a des difficultés à comprendre et à fournir des réponses simples à des concepts simples tels que l’avortement, la peine de mort, et la désuétude du sénat, imaginez quand viendront les vraies questions de démocratie comme avec la loi C-61 qui permet aux multinationales de la musique de poursuivre des citoyens canadiens pour des dizaines de milliers de dollars pour avoir téléchargé une seule chanson en mp3 sur Internet. Comme on dit, on est dans marde.

P.S. Pas fort cette publicité sur laquelle on voit Jacques Demers recommander ‘Le centre du camion’ et sur laquelle on peut lire : Dites-leur que c’est le COACH et SÉNATEUR qui vous envoit. Jacques Demers vient de créer un précédent : un sénateur peut maintenant utiliser son poste de sénateur pour promouvoir certaines compagnies. Jacques Demers se retirera-t-il du vote si une loi concernant l’industrie des voitures ou camions est présentée au sénat ?

Au revoir Pierre Falardeau!

Samedi, 26 septembre, 2009
publié par le TViste 9:26

Pierre Falardeau nous a quitté ce matin, je voulais souligner la merveilleuse carrière qu’il a menée, envers et contre tous. S’il y avait un homme libre au Québec, c’était Pierre Falardeau. Au revoir et nous écouterons encore tes films pendant des années!

La plupart du temps, je vous offre des commentaires et réactions à chaud sur l’actualité télévisuelle québécoise. Dans ce premier d’une série d’articles, je vous présente plutôt une rétrospective d’un évènement télévisuel qui a marqué l’histoire de la télévision québécoise en l’analysant plus en profondeur que ce qu’un premier regard aurait permis de faire. Pour le public qui vient de France ou d’autres pays européens et qui pourrait tomber sur cet article, notez que le terme ‘race’ dans cet article est utilisé au sens nord-américain du mot, c’est-à-dire qu’il ne contient aucune signification péjorative. Il est bien expliqué sur cette page Wikipédia que l’utilisation du terme race est considérée comme péjorative et désuète en France, mais qu’aux États-Unis et au Canada, il s’agit d’un terme couramment utilisé et il ne me pose aucun problème, puisqu’il permet de reconnaître les différences génétiques qui existent effectivement entre les hommes de différentes régions du globe.

Le 25 septembre dernier, c’était le 3e anniversaire du passage du Doc Mailloux à Tout le monde en parle. Le Doc Mailloux tenait alors des propos qui furent contestés sur le plateau même de l’émission, et la diffusion a été suivie du congédiement du Doc Mailloux à TQS, et d’une sorte de flagellation publique sur plusieurs émissions, dont le Tout le monde en parle de la semaine suivante, dans laquelle Philippe Fehmiu dénonçait les théories du Doc Mailloux. Le Doc Mailloux répondait à une question de Guy A. Lepage concernant des propos qu’il avait tenus dans une autre entrevue dans laquelle il affirmait que les noirs d’Amérique sont désavantagés au niveau intellectuel par rapport aux blancs. Il a aussi affirmé que ce désavantage devait être causé essentiellement par la sélection naturelle qui aurait eue lieu pendant l’esclavage, les maîtres d’esclaves favorisant la survie des esclaves les plus soumis intellectuellement et les plus forts physiquement. Devant les questions des invités de l’émission, il disait avoir vu des études qui lui avait été remises par des gens de l’Université de Montréal, mais qu’il ne pouvait malheureusement pas les citer car il ne se souvenait pas du nom exact des auteurs. Quel était le sérieux des études citées ? Quel est le niveau d’acceptation de ces études dans la communauté scientifique ? Qui a produit ces études ? Les invités et les gens des médias ont-ils été trop sévères envers le Doc Mailloux ou est-ce lui qui est allé trop loin ? Je tenterai de vous donner le plus d’informations permettant de répondre à ces questions. Au cas où c’est ce qui vous intéresserait, je vous dis à l’avance que je ne prendrai pas une position personnelle au niveau de la question scientifique au centre de ce débat, je veux seulement vous donner toutes les informations nécessaires à la compréhension de cette crise.

L’origine.

Il est important de noter avant de s’embarquer dans cette histoire que le débat à savoir si les noirs sont désavantagés intellectuellement avait eu lieu aux États-Unis 11 ans avant l’émission Tout le monde en parle québécoise, c’est-à-dire en 1994. Deux auteurs étaient au centre de cette controverse : Richard J. Herrnstein, un psychologue de l’Université Harvard, et Charles Murray, un penseur et politologue de droite. Ces deux auteurs ont publié en 1994 un best-seller appelé The Bell Curve: Intelligence and Class Structure in American Life. Le livre visait à établir les liens entre les conditions socio-économiques des individus et leur intelligence. Le nom Bell Curve fait référence à la courbe en forme de cloche qui est illustrée en première page du livre. Cette courbe est bien connue des spécialistes de la statistique et illustre comment sont distribués plusieurs comportements/caractéristiques des humains, des animaux, ou de tout pleins de phénomènes naturels : la plupart se situent proche de la moyenne (au milieu, la courbe est très haute, en rose), il y a très peu de gens à l’extrémité droite (en jaune), et il y a très peu de gens à l’extrémité gauche (turquoise). Dans le cas de l’intelligence, la région turquoise correspondrait aux gens peu intelligents, la région rose correspondrait à la plupart des gens (Q.I. autour de 100) et la région jaune correspondraient aux gens très très intelligents (Q.I. en haut de 130).

Ce livre abordait le sujet de l’intelligence humaine d’une façon plutôt originale par rapport à ce qui avait été fait auparavant. Remarquez qu’un des deux auteurs est un politicologue, alors qu’un autre est psychologue. Cette dualité a eu un impact sur les conclusions de ce livre. La conclusion principale du livre est que l’intelligence (le Q.I., quotient intellectuel) est directement liée à (lire est la cause de) plusieurs aspects de la vie tels que le revenu, la performance au travail, les grossesses non-désirées et la criminalité, et que la simple mesure du Q.I. permet de mieux prédire ces aspects de la vie que d’autres facteurs qui étaient classiquement utilisés, comme le status socio-économique. De plus, le livre conclut que l’élite intellectuelle est en train de se séparer du reste de la population et que les gens intelligents se reproduisent entre eux, les femmes et hommes intelligent(e)s ayant une préférence pour un partenaire aussi intelligent qu’eux, ce qui est dénoncé par les auteurs comme une tendance dangereuse. Les chapitres 13 et 14 du livre sont les plus controversés puisqu’ils posent la question spécifique de la différence des Q.I. entre les races. Entre autres conclusions, le livre appuie du bout des lèvres la thèse que les différences raciales de l’intelligence sont dues à la génétique :

It seems highly likely to us that both genes and the environment have something to with racial differences. (chapitre 13)

Cependant notez que les auteurs sont plus modérés dans l’introduction du chapitre :

The debate about whether and how much genes and environment have to do with ethnic differences remains unresolved.

Pour une révision complète du débat sur les différences de l’intelligence selon la race, consultez cette page, qui montre une bonne représentation des différents arguments qui appuient ou rejettent l’existence de cette différence.

Les faits et les articles cités par les auteurs du livre ont été sujets à la controverse et à la contestation par la communauté scientifique. Mais ce qui attire le plus l’attention et la controverse, ce sont les conclusions qui sont tirées par les auteurs. Ils ont d’ailleurs souvent été accusés par les scientifiques qu’ils citaient d’avoir mal interprété et d’avoir même consciemment tordu leurs analyses pour en arriver à des conclusions politiques qui n’avaient jamais été le but des scientifiques à l’origine de certains travaux cités. Un bon exemple de conclusion plutôt tordue se trouve à la page 548, où les auteurs dénoncent le fait que les politiques gouvernementales qui aident les femmes à avoir des enfants sont généralement biaisées pour encourager spécifiquement les femmes à Q.I. faible (par exemple les femmes les plus pauvres) plutôt que les femmes à Q.I. élevé. Ils disent même que si on mettait autant d’efforts à encourager les femmes à Q.I. élevé d’avoir des enfants qu’on le fait actuellement avec les femmes à Q.I. faible, que l’on serait certainement accusé de manipulation agressive de la fertilité :

We can imagine no recommendation for using the government to manipulate fertility that does not have dangers. But this highlights the problem: The United States already has policies that inadvertently social-engineer who has babies, and it is encouraging the wrong women. If the United States did as much to encourage high-IQ women to have babies as it now does to encourage low-IQ women, it would rightly be described as engaging in aggressive manipulation of fertility. The technically precise description of America’s fertility policy is that it subsidizes births among poor women, who are also disproportionately at the low end of the intelligence distribution. We urge generally that these policies, represented by the extensive network of cash and services for low-income women who have babies, be ended.

C’est pour vous montrer le genre de théories qui sont défendues dans ce livre. On peut être d’accord ou pas, mais on doit s’attendre à un livre qui provoque. Ceci étant dit le livre a eut des tonnes de critiques et des appuis aussi, que vous pouvez consulter ici. Clairement, les conclusions spécifiquement politiques du livre, comme celle que je viens de présenter, ne sont pas supportées par la majorité de la communauté scientifique. Il faut dire que l’auteur Charles Murray est un employé d’un think tank de droite, le American Enterprise Institute, il ne faut donc pas se surprendre que les conclusions favorisent la désintégration de services sociaux offerts par le gouvernement, aussi basics soient-ils. Malheureusement, l’auteur psychologue Richard J. Herrnstein est mort avant même la publication finale du livre, ce qui fait qu’il n’a pu répondre à aucune critique, laissant Charles Murray comme seul défenseur des thèses du livre, une tâche assez difficile pour un politicologue qui avait à la base très peu de connaissances sur la psychologie et l’évaluation de l’intelligence.

Le consensus scientifique

Une sorte de correctif a été publié par 52 gros noms de la psychologie et de l’intelligence. Ces chercheurs ont voulu publier une liste de faits sur lesquels ils croyaient que la science (en 1994) s’entendait, sans se lancer dans des analyses théoriques et politiques comme le faisaient les auteurs de The Bell Curve. La déclaration s’appelle Mainstream Science on Intelligence, et a été publiée en 1994, tout de suite après The Bell Curve. La version dont je vous ai donné la référence est une republication faite en 1997 et qui contient un ajout de l’auteur principal qui raconte comment s’est écrit cette rectification. Cette rectification, signée par 52 éminents chercheurs du domaine de la psychologie, ne répète pas les erreurs de The Bell Curve et ne se lance pas dans les théories possibles qui pourraient expliquer, par exemple, pourquoi la moyenne des Q.I. de sujets afro-américains semble être plus basse que la moyenne des Q.I. blancs. De leurs 25 affirmations, ce sont les numéros 19 à 24 qui concernent les différences raciales de l’intelligence. Voici un extrait :

22. There is no definitive answer to why IQ bell curves differ across racial-ethnic groups. The reasons for these IQ differences between groups may be markedly different from the reasons for why individuals differ among themselves within any particular group (whites or blacks or Asians). In fact, it is wrong to assume, as many do, that the reason why some individuals in a population have high IQs but others have low IQs must be the same reason why some populations contain more such high (or low) IQ individuals than others. Most experts believe that environment is important in pushing the bell curves apart, but that genetics could be involved too.

23. Racial-ethnic differences are somewhat smaller but still substantial for individuals from the same socioeconomic backgrounds. To illustrate, black students from prosperous families tend to score higher in IQ than blacks from poor families, but they score no higher, on average, than whites from poor families.

24. Almost all Americans who identify themselves as black have white ancestors the white admixture is about 20%, on average- and many self- designated whites, Hispanics, and others likewise have mixed ancestry. Because research on intelligence relies on self-classification into distinct racial categories, as does most other social-science research, its findings likewise relate to some
unclear mixture of social and biological distinctions among groups (no one claims otherwise).

Cette prise de position, même si elle appuie les résultats de bases cités dans The Bell Curve, est un peu plus modérée que celle du livre: on affirme qu’il y a effectivement une différence dans le Q.I. calculé pour les différentes races, mais on avoue que la science ne peut prétendre connaître les raisons de ces différences. Il n’est pas affirmé si ces différences sont dus à des différences génétiques, des différences de la condition socio-économique, du revenu moyen, etc… Il y a même de la place pour la possibilité que les tests de Q.I. favorisent certaines cultures, comme celle des blancs américains, ce qui ferait en sorte que nos mesures du Q.I. sont toutes biaisées.

Quel est le niveau d’acceptation de ces 25 déclarations en 1994 ? L’auteur de ces déclarations a invité 131 des plus grands noms de la psychologie et de l’intelligence à signer le manuscrit. Il a reçu 100 réponses, dont 52 positives (il faut dire que les 31 qui n’ont pas répondu avaient très peu de temps : 1 semaine avait été accordée pour accepter ou non de joindre la liste de signataires). On peut donc dire que 52 scientifiques sur 100 ont accepté de signer la lettre. Ce qui ne veut pas dire que les 48 autres étaient tous en désaccord. 7 seulement ont affirmé dans leur réponse que certaines des déclarations du manuscrit étaient fausses. 11 ont dit ne pas connaître assez le domaine spécifique pour signer et 30 ont donné d’autres raisons, principalement reliées à la peur d’être crucifiés au niveau médiatique, de perdre leur financement, ou d’être associés à une tendance scientifique mal perçue par le public.

Le Doc Mailloux

Les propos du Doc Mailloux à l’effet qu’un processus de sélection naturelle ayant opéré pendant l’esclavage aurait désavantagé intellectuellement les noirs sont donc très peu appuyés scientifiquement. Cependant les spécialistes semblent tout de même constater une différence entre les Q.I. mesurés chez différentes races (en passant, le texte indique aussi que les asiatiques pourraient avoir une moyenne de Q.I. plus élevé que les blancs). Pour ce qui est de la question générale de la différence de Q.I. entre les races, ne vous en faites pas, il y a plusieurs exemples en science où TOUS les spécialistes d’un domaine s’entendaient sur des théories qui étaient finalement démolies plusieurs années plus tard. Le fait est qu’en science, tout est constamment sujet à débat, et les scientifiques détestent être limités par des tabous. Le domaine de la science ne fonctionne pas comme le domaine de la télévision : en télévision, comme à Tout le monde en parle, la question n’est pas de savoir si c’est vrai ou faux, la question est de savoir si ça se dit ou pas à la télévision. En science, les scientifiques veulent avoir une liberté totale de discuter de tous les sujets, même ceux qui pourraient offenser certaines personnes; et ils ne demandent généralement pas d’obtenir de la visibilité télévisuelle, ce qui arrange tout le monde puisqu’ils ont l’occasion de discuter entre eux à huis clos de différentes théories, sur lesquelles ils peuvent avoir raison ou tort, sans se soucier de blesser des gens du public qui pourraient être insultés par ces propos. Bien sûr je parle ici des cas d’exceptions, la plupart des théories scientifiques ne faisant ni chaud ni froid au grand public, c’est seulement dans quelques cas qu’on peut compter sur les doigts de la main où tout cela importe. Le Doc Mailloux est donc un cas exceptionnel : un médecin à l’approche scientifique, et une bête de médias. Il n’y a que le Doc Mailloux pour se retrouver dans cette situation : les autres scientifiques/médecins savent bien diviser leur vie scientifique et les questions personnelles qu’ils se posent de leur vie médiatique qui sert essentiellement à se faire voir de temps en temps et à faire rayonner leur université, mais pas sur les gros sujets à controverse. Le Doc Mailloux est peut-être trop télévisuel pour les scientifiques, et trop scientifique pour la télévision.

Finalement, après 3 ans et des poussières suivant la crise Mailloux, on peut voir un Doc qui recommence progressivement à être invité aux émissions de TQS, et qui participe à certaines émissions de radio, bien qu’il ne soit plus à sa tribune principale, son émission de radio avec appels téléphoniques du public, mais je crois que cette absence ne concerne pas directement les propos tenus à Tout le monde en parle. Le Doc Mailloux avait fort probablement tort de citer cette étude comme si elle était une certitude puisqu’elle est toujours sujette à débat (pas au niveau des faits qui sont observés et qui montrent que le Q.I. moyen est effectivement différent mais plutôt pour l’hypothèese qui explique ces faits par la sélection génétique ayant eue lieu pendant l’esclavage). Entre scientifiques, c’est toujours correct de citer des études, mais il ne faut pas oublier que lorsque l’on arrive devant la population, cette population considérera toutes les études citées comme étant la vérité absolue, puisqu’elle est généralement mal informée de la méthode scientifique et du doute constant qui existe entre les spécialistes.

Méritait-il pour autant d’être crucifié publiquement ? À vous de me donner votre avis!

le TViste

P.S. Voici un vidéo dans lequel le Doc Mailloux se défend très bien et explique la pertinence, selon lui, d’aborder de ce sujet à Tout le monde en parle. Il pointe d’ailleurs vers l’étude d’origine (thèse de doctorat) de Lisa Suzuki, qui était sortie quelques années avant The Bell Curve et qui a présenté les données sur la différence des Q.I. entre les races. Malheureusement cette thèse ne semble pas avoir fait l’objet d’un article public et elle ne se retrouve pas sur Internet, je ne peux donc pas confirmer son existence. En gros, la défense du Doc Mailloux est que quelque chose qui est enseigné en université devrait aussi être apporté devant le grand public.

Autre P.S. :

Les études de l’Université de Montréal que le Doc Mailloux citait étaient en fait un livre de Serge Larrivée sur l’intelligence. Un renouvellement 2008 a été publié de ce livre et Serge Larrivée y confirme l’observation des faits rapportés par le Doc Mailloux : voyez cette nouvelle pour plus d’informations.

Pierre Légaré et la biologie totale.

Dimanche, 12 octobre, 2008
publié par le TViste 8:55

C’est rien de moins qu’un discours de soutient aux mêmes principes que ceux de la biologie totale que Pierre Légaré a tenu dimanche soir à Tout le monde en parle. C’est toujours triste quand une personne qui a une bonne image donne de la crédibilité à ces médecines alternatives dangereuses. Dans l’exemple qu’il prend pour illustrer sa pensée, il dit que si un médecin en Allemagne a analysé 6500 dossiers et qu’il a trouvé un lien entre le cancer et le cerveau, qu’un scientifique a le devoir de l’écouter. L’exemple pourrait sembler anodin, mais il s’agit d’une référence directe à la doctrine de la biologie totale, qui prend ses sources d’une médecine alternative inventée en Allemagne et qui s’appelle la nouvelle médecine germanique. Ce faisant il renverse le fardeau de la preuve : plutôt que d’être la faute des illuminés d’inventer des médecines ridicules à chaque 2 ans, c’est de la faute des scientifiques qui ne les écoutent pas. Cette vision est complètement fausse : Ce sont les inventeurs des médecines alternatives qui s’excluent eux-mêmes du processus scientifique réel. Si vous avez découvert quoi que ce soit qui puisse guérir le cancer, la science est très intéressée à vous entendre. Il faut alors que vous prouviez le concept de façon raisonnable, et vous êtes libres, comme tous les scientifiques, de publier cette découverte dans un journal. C’est ainsi que la science, qui a produit les totalité des médicaments fonctionnels jusqu’à date, a fonctionné, et avec, il faut le reconnaître, pas trop de désavantages par rapport aux avantages qui ont été apportés. Or les inventeurs de médecines alternatives ne veulent pas passer par ce simple processus qui consiste à prouver que leur médecine fonctionne. C’est parce qu’ils savent que rien ne peut appuyer leurs théories, et que toute étude sérieuse qui serait effectuée discréditerait leur médecine.

M. Légaré, je sais que vous avez dit que votre traitement avait été important pour vous, et j’en comprends que vous ne recommandez pas aux gens de ne pas se faire traiter par les médecins, comme le recommande la biologie totale. Je ne serai pas démagogique au point de vous dire que vous êtes dangereux et que vous allez causer la mort de certaines personnes. Mais avez-vous pensé aux conséquences de ce que vous affirmez devant 1.5 millions de personnes ? Peut-être que la majorité aura ignoré votre discours ou aura écouté le documentaire de Enquête qui montrait bien les dangers de ces médecines. Mais êtes-vous certain qu’il n’y aura pas quelques personnes parmi les auditeurs que vous aurez dirigés vers une médecine qui, malgré que vous ne la recommandez pas explicitement, pourrait leur faire du tord à eux ?

le TViste