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Il fut un temps où on pouvait écouter la musique québécoise et gonfler le torse en se disant qu’on était chanceux de faire partie de cette nation. La voix dévastatrice et touchante de Ginette Reno, le génie infini des Colocs. Gerry Boulet, Marjo, Jean Leloup à ses débuts. La musique de ces artistes fera partie du patrimoine québécois encore pendant des dizaines d’années, sinon des centaines d’années. Mais lorsqu’on regardera en arrière, je ne sais pas trop ce dont on se souviendra pour ce qui est des années 2005-2010. Franchement quand j’écoute la musique qui se fait depuis 5 ans, je préfère espérer qu’on ne s’en souvienne pas du tout. Le monde de la musique québécoise est tombé sous l’assaut des artistes pas pires, des Pierre Lapointe jusqu’aux Alfa Rococo en passant par Mes Aïeux. Puis les Cowboys Fringants, qui se sont auto-lobotomisé depuis leur dernier album. La pas-pire-pop-électro-trad domine et résonne partout à travers le Québec, dans les radios de gens en train de faire le ménage, dans les écouteurs des jeunes dans les transports en commun, dans les automobiles qui roulent sur les autoroutes, mais cette musique stupide qui semble directement inspirée du démo #47 d’un clavier électronique Roland ne mérite pas d’autre place que le statu de bruit de fond que la clientèle actuelle de la musique québécoise s’affaire à lui accorder.

La musique québécoise récente n’est plus quelque chose que l’on peut écouter assis sans autre occupation, le 4 accords stupide répété depuis des années n’étant pas un divertissement intellectuel suffisant pour élever le cerveau à un stade autre que celui de sommeil ou de production de mouvement stéréotypé répétitif. On utilise donc la musique comme rythme de fond lorsqu’on est pris à faire une tâche répétitive comme conduire pour aller au travail, prendre l’autobus ou faire le ménage. Alors que la musique intelligente peut libérer, peut ouvrir des portes, la musique pop québécoise actuelle nous enferme dans une répétition, un tick-tack sans fin si répétitif qu’il devient à peine possible de différencier une chanson de l’autre si on les colle une à la suite de l’autre.

Le gala de L’ADISQ de ce soir a bien présenté l’état actuel de la musique au Québec : une léthargie pendant laquelle les artisans du pas pire obtiennent les récompenses parce qu’ils sont les moins pires. Karkwa, Alfa Rococo, Coeur de Pirate, Yann Perreault, tous des interprètes pas pires de musiques pas pires. Depuis quelques années les représentants de l’industrie musicale tentent de nous convaincre que le piratage nuit à la musique. Je crois que s’il y a une chose qui nuise aux ventes de CD et de MP3, c’est la diminution générale de la qualité de l’ensemble de la musique québécoise. J’attends toujours que l’on trouve une chanteuse qui soit aussi bonne que Ginette Reno ait pu l’être, que l’on trouve un groupe qui soit aussi corrosif que Les Colocs aient pu l’être. D’ici là, que l’industrie de la musique ne s’attende pas à ce que je dépense quelque montant que ce soit sur un CD, surtout considérant la panoplie d’autres formes de divertissement qui ont fait leur apparition. Je boycotte la musique québécoise et je m’en remet à Chopin, une valeur sure qui n’a jamais été surpassée de toutes façons.

Puisque le show était complètement inintéressant, je vous offre un petit vidéo pour nostalgiques, Céline Dion au gala l’ADISQ de 1990 qui refuse son prix parce qu’il s’appelle ‘Artiste anglophone’ alors qu’elle ne se considérait pas comme une artiste anglophone. Ce serait intéressant de connaître sa réaction au même prix en 2009! La face de René Angélil est trop révélatrice!