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Niqab non, Hijab oui: l’insoutenable contradiction.

Mercredi, 3 mars, 2010
publié par le TViste 2:09

Ils sont drôles à voir danser et tergiverser sur leurs grands principes d’acceptation de l’autre ces philosophes à la Daniel Weinstock à 24 heures en 60 minutes, ces journalistes à la Michèle Ouimet et autres apôtres de l’ouverture qui d’un côté voient le Niqab (voile intégral) comme une énorme régression inacceptable pour la société et les femmes, et le Hijab (voile partiel) comme une merveilleuse expression de la diversité religieuse du Québec multiculturaliste.

L’un est un ajout vestimentaire imposé par la religion et par les hommes aux femmes de confession musulmane, l’ordre venant directement de Dieu de se vêtir de manière à ne pas montrer les cheveux. Il symbolise la soumission des femmes à un peu tout, incluant leur mari et Dieu.

L’autre est un ajout vestimentaire imposé par la religion et par les hommes aux femmes de confession musulmane, l’ordre venant directement de Dieu de se vêtir de manière à ne pas montrer les cheveux et le visage. Il symbolise la soumission des femmes à un peu tout, incluant leur mari et Dieu.

Vous avez bien lu. Il ne s’agit pas d’un paragraphe copié collé par erreur. C’est la description d’une seule et même chose, le voile islamique, qui couvre soit plus soit moins la tête et le corps des femmes.

Ce qui est drôle c’est que dans l’intelligentsia de l’acceptation québécoise, on a déterminé de manière plus ou moins arbitraire que le Niqab était le pire des symboles d’inégalité entre les hommes et les femmes, alors que le Hijab pouvait lui être porté par une enseignante musulmane qui donne un cours de biologie à votre enfant de 8 ans. Ce tranchage arbitraire a été fait sans connaissance de cause, et sur une impulsivité émotive à la vue de l’ampleur du Niqab. Comme vous le verrez, la réaction est plus celle d’une mère qui a enduré silencieusement et pendant trop longtemps les cris de son enfant et qui dit: « Là ça va faire. », puisqu’au fond une analyse à froid de la question suggère que le Hijab est en fait un vêtement obligatoire imposé par la religion des hommes, alors que le Niqab n’est nullement obligatoire. S’il y a donc un signe de soumission à la religion et aux hommes qui la contrôlent, c’est bien le Hijab.

Effectivement si on en croit les définitions et applications exactes des deux types de voiles, on s’aperçoit que le port du Niqab relève entièrement de la liberté personnelle de la femme épanouie. La page Wikipédia sur le Niqab explique très bien que l’ensemble des écoles de pensées de la religion musulmane ont parfois recommandé le port du Niqab mais ne l’ont jamais imposé et n’ont jamais prétendu qu’il était obligatoire. Il y a donc toutes les raisons de penser que les femmes qui décident de porter ce type de voile le font librement, puisqu’il ne se trouve aucun musulman pour défendre l’idée qu’il soit obligatoire. Pourtant ça ne semble pas déranger ceux qui se présentent comme de grands défenseurs de l’égalité homme-femme. Michèle Ouimet nous dit :

Une personne en autorité ne devrait pas porter le voile intégral, car c’est un fort symbole d’inégalité entre les hommes et les femmes, que cela plaise ou non aux musulmans.

André Pratte n’hésite pas: interdisons le port du voile intégral dans toutes les écoles de la province!

Cela étant, le gouvernement du Québec devrait interdire ce type de vêtements dans les classes de la province.

Je ne critique pas ces prises de positions, elles me semblent bien sensées. Ce que je pose comme question, c’est pourquoi une personne qui suggérerait les mêmes idées pour le Hijab serait nécessairement un raciste ?

Sur la page Wikipédia du Hijab, au contraire de celle du Niqab, on apprend que « Pendant longtemps, les légistes musulmans ont invariablement affirmé le caractère obligatoire du port du voile pour les femmes musulmanes nubiles de condition libre [...]« . Il y a donc dans les communautés musulmanes une prescription venant de la religion qui rend obligatoire le port du voile. Il y a donc une pression sociale, et comme par hasard cette pression vient de « légistes musulmans » et non de « légistes musulmanes ». Y a-t-il une plus grande privation de liberté que d’affirmer le statut obligatoire de quelque chose, et même d’affirmer que cette obligation est dictée par Dieu ? Y a-t-il une plus grande inégalité que d’appliquer un code vestimentaire obligatoire à l’un des deux sexes seulement ? Les menaces de rejet social et familial que l’on fait subir aux femmes qui pourraient vouloir s’habiller normalement ou marier un non-musulman sont-elles acceptables dans notre société démocratique ?

J’aurais aimé que les philosophes, sociologues, et journalistes québécois se posent des questions fondamentales comme celles-là, plutôt que de baser leur pensée sur un calcul de la grosseur du voile en tant que tel, qui est au fond un élément technique qui n’est d’aucune utilité. Aussi petit soit le symbole, s’il est imposé et symbolise l’infériorité de la femme par rapport à l’homme, c’est l’existence même de ce symbole qu’il faudrait contester, plutôt que de s’amuser à calculer le coefficient de surface qu’il occupe sur le corps.

le TViste

Charles Taylor n’est pas un philosophe.

Lundi, 22 février, 2010
publié par le TViste 12:55

Triste spectacle ce soir à Tout le monde en parle, alors que finalement se démasquait l’imposteur qui s’était fait engager à la commission Bouchard-Taylor sous le titre de philosophe.

Si on était en 1950 et qu’on posait la question à un philosophe: « Êtes-vous pour ou contre les droits des homosexuels ? ». Et si le philosophe répondait: « Bien sûr que non, ce serait contre le cadre juridique auquel nous avons été habitué. », sentiriez-vous que vous avez été bien servi ? Diriez-vous de l’homme qui vous donne cette réponse qu’il s’agit d’un bon philosophe ? Non. Parce que si la philosophie sert à quoi que ce soit, c’est certainement de nous permettre de penser hors du cadre des lois. Si on commande une commission pour commenter le cadre juridique sur un sujet ou un autre, la pire des choses serait que la personne engagée se limite à penser à l’intérieur du cadre des lois. Comment peut-on prétendre à la fois avoir un droit de regard et une autorité morale pour faire des recommandations au législateur et d’un autre côté ne pas se permettre de penser en dehors du cadre légal créé par ce législateur ? Pour poursuivre mon exemple de 1950, si aucun philosophe ne se serait permis de penser à l’extérieur du cadre des lois de l’époque, la sodomie serait encore aujourd’hui interdite. Hors ce que Charles Taylor a démontré ce soir à Tout le monde en parle, c’est qu’il est incapable de penser à l’extérieur du cadre légal canadien actuel. Et par conséquent il s’invalide lui-même comme philosophe intéressant pour commenter ou suggérer quoi que ce soit au législateur, puisque pour lui les lois actuelles sont des dogmes. Lui demander de s’occuper de la commission sur les accommodements raisonnables, c’était comme de demander à une soeur catholique de trancher la question à savoir si Dieu existe. La réponse était connue d’avance et n’amène rien.

Guy A. Lepage a mené une excellente entrevue qui a permis de faire ressortir ce point. Il a commencé avec les questions faciles pour lesquelles on connaissait déjà les réponses de Taylor. Une employée de la fonction publique peut-elle porter le voile ? Oui. Une enseignante peut-elle porter le voile pendant son travail ? Oui. Une étudiante peut-elle porter le voile à l’école ? Oui. Ainsi Charles Taylor se montre très permissif; que des employées de l’état diffusent leur propagande religieuse au public et à nos enfants, sur des heures de travail payées de nos propres poches, ça ne le dérange aucunement. Mais Guy A. Lepage a posé la question qui fait mal: Doit-on permettre la polygamie ? Et à cela Charles Taylor répond: « Bien sûr que non », et Guy A. Lepage lançant un « Pourquoi ? », il répond « C’est le cadre juridique auquel nous avons été habitué ».

C’est cette réponse qui décrédibilise tout le reste. Parce qu’on se rend compte que Charles Taylor, malgré ses longues études à l’Université Oxford et ses nombreux écrits traduits en de nombreuses langues, n’est pas un libre penseur. Pour lui, la présence d’une loi au moment présent est suffisante pour rendre caduque tout questionnement d’un comportement. Ce n’est pas avec ce genre de mentalité que l’on fait des révolutions. En fait ce n’est même pas avec ce genre de mentalité qu’on aurait pu créer la charte des droits et libertés, parce qu’il se serait trouvé quelqu’un pour dire que les homosexuels n’ont pas de droits, et que c’est « le cadre juridique auquel nous avons été habitué ». C’est l’ironie dans tout ce cirque philosophique: le grand défenseur de l’acceptation de l’autre et des droits et libertés des personnes religieuses garanties par la charte des droits et libertés n’aurait même pas eu le niveau intellectuel pour créer la charte qu’il défend maintenant avec autant de passion.

Mais Monsieur Taylor, pourquoi la polygamie ne devrait-elle pas être permise ? Si trois personnes consentantes vivent une relation saine, pourquoi n’auraient-elles pas les mêmes droits que toutes les autres ? En plus, généralement ces relations se vivent dans la sphère privée! Quand on y pense et que l’on compare avec les autres droits que vous défendez comme le droit de diffuser de la propagande religieuse dans une école primaire en portant le voile devant des enfants, il me semble que la polygamie pratiquée à la maison, sans déranger personne, me semble tout à fait raisonnable.

Bien sûr ce texte n’en est pas un d’appui à la polygamie. Pour moi autant la propagande religieuse en institution gouvernementale que la polygamie devraient être interdites. Je voulais seulement soulever cette contradiction incroyable de l’homme qui d’un côté dit qu’une enseignante peut diffuser activement sa pensée religieuse à des enfants, mais d’un autre trouve tout à fait normal d’interdire une relation à 3 comme il en existe déjà et pour lesquelles il n’y a pas vraiment d’impact sur la vie publique, et tout ça simplement parce que « c’est le cadre juridique actuel ». Ça remet les choses en perspective, et moi ça me fait penser que les divagations tardives d’un vieux philosophe en contradiction avec lui-même ne constituent pas nécessairement la meilleure des bases pour créer des politiques publiques sur l’immigration qui font du sens.

Quand Pauline Marois est passée, ç’a été un soulagement. Malgré l’opposition qu’il pouvait y avoir de la part de Monsieur Taylor, je crois que Pauline Marois a su bien expliquer quelque chose: qu’on ne peut pas décider que 75% des québécois ont torts. Que si 75% des québécois pensent qu’il y a un problème avec les accommodements religieux, c’est peut-être qu’il y a vraiment un problème et qu’il est légitime de se questionner. N’en déplaise aux moutons des chartes comme Charles Taylor, qui voudraient bien réduire le questionnement fondamental qui est posé par la population à une genre d’hallucination collective dans laquelle tout le monde fait fausse route, sauf lui.

Le cirque olympique

Dimanche, 14 février, 2010
publié par le TViste 4:54

On peut dire qu’on en a pour notre argent cette année avec la couverture pathétique des olympiques de Vancouver. J’avais d’abord prédit en Décembre que la couverture par l’ensemble des médias allait tendre vers la propagande canadienne et c’est ce à quoi nous assistons. Cependant je n’aurais pu prédire que les olympiques de Vancouver allaient tourner à un tel cirque.

D’abord V se montre complètement inapte à diffuser un évènement sportif de cet envergure. Aujourd’hui ils nous ont joué en boucle pendant toute la journée leur petit remix des moments les plus importants avec l’insignifiante musique de Marie-Mai. Plutôt que de cultiver une pseudo-fierté canadienne et nous montrer seulement les compétiteurs canadiens, pourquoi ne pas nous montrer l’ensemble des compétitions ? Ça vaudrait certainement mieux que de rejouer la descente de la skieuse canadienne et de ses plus proches compétitrices 10 fois dans la journée. Ensuite on a entouré ces jeux de pleins de gugusses sans intérêts qui ne font que nuire à la qualité des émissions. On a appelé l’émission du matin Le Réveil Olympique et les chroniqueurs qui interviennent se souhaitent Bon Réveil Olympique avant de commencer leurs chroniques. Comme si on voulait pousser avec trop de force l’idée que pendant les jeux olympiques, on change complètement de style de vie.

Mais c’est du côté de Radio-Canada que les efforts de propagande auront été les plus marqués. Hier soir, on diffusait un spectacle qui s’appelait D’un océan à l’autre. Le spectacle était à la hauteur du titre, qui aurait aussi très bien pu être le titre d’un exposé oral d’un ontarien de 6 ans. Le but était de célébrer la culture francophone au Canada, un peu comme on aurait pu célébrer la culture indienne ou la culture grecque au Canada, pas plus. D’abord l’évènement était triplement commandité par nos taxes: il y avait une grande bannière à gauche de la scène qui disait ‘Canada’, une autre qui disait ‘Air Canada’, et le tout était filmé par un équipement mobile impressionnant et diffusé par ‘Radio-Canada’. Strike 3, batter’s out; avec autant de symboles canadiens les organisateurs ont dû se limiter à inviter des artistes clairement non-indépendantistes, pour ne pas dire ouvertement fédéralistes. Il y avait Yann Perreault, Damien Robitaille, Radio Radio. Si ce que j’ai vu hier représente la ‘francophonie canadienne’, aussi bien inscrire le peuple québécois comme culture en voix de disparition. Si seulement toutes ces ressources avaient été dépensées pour quelque chose d’utile, mais non, il y avait plus de gardes de sécurité que de gens du public. La foule devait être constitué d’environs 200 personnes au début du show, probablement des gens qui passaient par là et qui étaient attirés par le bruit que l’on présentait comme de la musique. Les efforts de Yann Perreault pour faire applaudir la foule plus fort auront été vains; on entendait rien.

L’une des constantes du cirque olympique qui ne manque pas à chaque 2 ans, c’est la stupidité tout à fait particulière des athlètes. Le corps humain a ses limites; quand vous choisissez de le pousser à son maximum au niveau physique en l’entrainant 8 heures par jour pour qu’il puisse descendre une pente de ski 10 millisecondes plus rapidement qu’un autre, c’est autant de temps que vous ne passez pas à vous cultiver. Ainsi on a droit aux beaux discours à la fin des performances, mais aucune réflexion. Aucune évolution. Comme l’athlète d’il y a 2 an, puis celui d’il y a 4 ans, celui de cette année est aussi content du support qu’il a reçu de sa famille, de ses parents, de son entraîneur, et du Canada. L’une des athlètes anglophones avait de la difficulté à articuler d’autres phrases que ‘Je suis fière d’être canadien’ (non tu n’es pas canadien tu es canadienne) ou ‘Je remercie le Canada merci beaucoup.’. Savent-elles au moins ce qu’elles remercient ? Et les animateurs jouent le jeu en nous disant qu’ils trouvent ça tellement beau cette jeunesse, cet espoir. Si nos espoirs reposent sur des gens qui descendent des pentes ou qui patinent vite, ça va mal.

Mais il y a quand même de l’espoir. Il y a ces manifestations pour on ne sait trop quelle raison, et c’est ce qui fait que c’est intéressant. Ces groupes qui manifestent dans les rues sont probablement très hétérogènes; il y a des communistes, des amérindiens, des alter-mondialistes, ou simplement des gens qui n’aiment pas la société comme elle est présentement et qui veulent du changement dans n’importe quel sens. C’est drôle parce que les olympiques deviennent le diviseur, l’évènement par lequel on distingue le révolté du mouton. Les olympiques, c’est comme le bouton d’ordinateur sur lequel il fallait appuyer à chaque 108 minutes pour sauver le monde dans l’émission Lost: Vous y croyez, ou vous n’y croyez pas. Il n’y a pas vraiment d’argumentation valable; il y a deux côtés et vous joignez celui que vous préférez. Bienvenue dans le cirque olympique.

Quand un journaliste se prononce sur l’Internet, c’est un peu comme lorsqu’une poule sans tête se prononce sur la politique étrangère de l’Inde: faut pas s’attendre à un prix Nobel. C’est ainsi que récemment quelques membres de l’aristocratie journalistique de Radio-Canada et d’autres chaînes françaises se sont regroupés au Périgord pour déguster le canard à l’orange et mettre en œuvre une vaine entreprise vouée à tester les réseaux sociaux quant à leur capacité à informer. Ils appellent ça Huis clos sur le Net et ça consiste en une bande de journalistes moyens qui disent s’isoler en n’ayant accès qu’à Facebook et Twitter comme sources d’informations, comme si leur expérience personnelle, cette découverte si fascinante pour eux de réseaux qui existent depuis plusieurs années avait une pertinence sociale pour l’ensemble de la planète. Leur objectif est donc de voir si en se privant des médias traditionnels, quelqu’un peut arriver à être informé. L’idée ne serait pas complètement folle si l’expérience n’était pas teintée d’un manque de rigueur, d’un snobisme et d’une maladresse caractéristiques des journalistes traditionnels lorsqu’ils parlent de l’Internet.

D’abord permettez-moi de rire un peu du concept: ce n’est pas tous les jours que l’on laisse un journaliste être juge, juré, accusé, et procureur de la couronne en même temps. On le sait, le journalisme tel qu’il est pratiqué ces temps-ci est remis en question, essentiellement par la présence d’autres sources d’information et de commentaire dans les nouveaux médias. De voir une bande de journalistes décider eux-mêmes si oui ou non ces nouvelles sources d’information sont pertinentes laisse un goût d’URSS dans la gorge. C’est une faute grave que de croire que la capacité du journaliste à s’informer ou non sur Twitter est d’un quelconque intérêt pour déterminer la pertinence de ces réseaux pour le consommateur d’information. C’est comme de savoir si Henry Ford serait confortable dans la Matrix de Toyota, ou si le colonel Sanders aimerait les Big Mac. On s’en fout. De toutes façons, la population s’est dirigée vers ces réseaux alors ce n’est certainement pas de la capacité ou non des bénéficiaires de l’ancien système à comprendre le nouveau qu’émergera la réponse à la question de l’utilité de ce nouveau système.

Ensuite, il y a dans cette expérience une prétention incroyablement infantilisante: que la personne qui consomme de l’information par le biais de Twitter, Facebook, ou l’Internet en général ne fait QUE ça. Comme si l’aspect huis clos avait une quelconque correspondance avec la réalité. Les réseaux sociaux, c’est tout le contraire du huis clos. Ce sont des catalyseurs, des lieux de découvertes qui nous permettent de cliquer sur un lien, puis un autre, puis de suivre différents chemins qui nous mènent vers notre information. Le consommateur de Twitter et Facebook, il a aussi la télévision qui est allumée en background, il écoute RDI, il a la radio, et il reçoit probablement des journaux. La position de lutte à finir dans laquelle l’expérience place les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels montre bien le malaise de la caste journalistique quant à l’Internet. Comme s’il fallait nécessairement en venir à une lutte finale et intense dans laquelle l’un ou l’autre des moyens de s’informer gagne.

Finalement, à quoi bon appeler ça une expérience si les conclusions sont écrites dans le ciel d’avance ? Est-ce que vous croyez vraiment que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « L’internet c’est de la marde. Vive les médias traditionnels. » Non. Ça n’arrivera pas. Pensez-vous que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « Les médias traditionnels c’est de la marde. Vive l’Internet. » Non. Ça n’arrivera pas non plus. Ce qui va arriver, c’est qu’ils vont sortir de cette expérience en nous disant qu’il y a un peu de bon dans tout, que l’Internet est un regroupement du meilleur et du pire, que les médias traditionnels préservent leur importance. Bref, des généralités tellement évidentes qu’elles auraient pu faire l’objet d’un exposé oral d’un enfant de 1ere année du primaire.

La caste journalistique n’a ni les capacités intellectuelles ni la capacité à l’objectivité nécessaires pour faire une vraie réflexion sur le rôle de l’Internet dans la transmission de l’information. Qu’ils laissent ça aux vrais scientifiques qui peuvent étudier la question à froid et sans a priori. Non seulement leur petite campagne de propagande/docu-reportage sent l’ignorance à des kilomètres, mais en s’adonnant à un exercice aussi débile ils perdent le peu de crédibilité qu’ils ont encore quant à la question de l’Internet.

le TViste

* P.S. L’entreprise ridicule a aujourd’hui repoussé les frontières de l’incompétence qu’elle avait elle-même tracé. Il semble effectivement que les journalistes-roi auto-proclamés doivent être avertis par les lecteurs de leur blogue à cause de la piètre qualité de leur français écrit. Les textes sont parsemés de fautes évidentes comme l’accord de verbes au participe passé à l’indicatif présent: Voyez ici par exemple. Reconnaîtrait-on la vraie valeur du journaliste que lorsqu’il est laissé à lui-même pour écrire ses textes ?

L’ouverture à sens unique.

Mardi, 12 janvier, 2010
publié par le TViste 9:16

Depuis quelques années, la société québécoise se laisse joyeusement gaver des documentaires télévisés prêchi-prêcha sur l’ouverture à l’autre. L’entreprise de culpabilisation massive prise en charge par une poignée de magnats du média québécois me paraît exagérée, surtout considérant que le Québec a une historique d’ouverture à l’autre bien établie. Effectivement les différentes minorités n’ont pas à se plaindre du Québec; il s’agit d’une des sociétés les plus ouvertes qui soit. Nous sommes des leaders en Amérique du nord pour l’accueil des immigrants, l’acceptation des différences comme l’homosexualité et pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Malgré tout on pourrait argumenter que l’acceptation, c’est comme les vitamines: on en a jamais assez, et qu’en ce sens les efforts de culpabilisation de la société québécoise quant à sa façon d’accueillir les immigrants est justifiée puisqu’elle mènera potentiellement à une amélioration du vivre-ensemble déjà extrêmement confortable des québécois et des nouveaux arrivants. D’accord.

Mais le problème c’est quand les tenants même de cette idéologie de l’acceptation aveugle de l’autre, du respect des mentalités qui nous sont étrangères, et du moussage de l’intérêt de la diversité se montrent incapables, de leur côté, à accepter que des personnes pensent différemment d’eux et s’engagent activement dans un effort de décrédibilisation et même de censure de tout ce qui pourrait ne pas aller dans le sens de leur opinion. C’est avec cet effort actif de cette intelligentsia de l’ouverture qui vous accusent de racisme dès que vous dites que vous n’êtes pas d’accord qu’on atteint l’état actuel du Québec : une théocratie du multi-culturalisme où toutes les opinions n’ont pas droit égal à la citation. C’est précisément ce qui s’est passé hier alors que je publiais un article sur Je porte le voile, un documentaire dans la veine du prêchi-prêcha comme il s’en produit en série au Québec ces dernières années. J’exprimais alors mon opinion très simple sur le documentaire et sur la question du voile: c’est un retour en arrière de 100 ans pour le Québec, c’est un signe de soumission, et il est fort souhaitable que le plus de musulmanes possible se retirent de cette pratique. L’article a aussi été publié sur TVQC, où certains utilisateurs ont commencé à me traiter d’extrémiste raciste (!). L’opérateur du site web TVQC a décidé de faire un peu de publicité sur mon article qu’il jugeait intéressant. Il a mentionné mon billet sur la page Facebook du film. Il semble que les opérateurs de cette page, proches de la réalisatrice, ont décidé de censurer la publication de mon billet de blogue. Résultat, on se retrouve avec une belle dizaine de commentaires venant visiblement de musulmans qui ont adoré le film. Aucune discordance, on a éliminé toute personne qui est en désaccord et toute référence à une autre opinion que celles de ceux qui ont aimé le film et qui adorent le port du voile.

Et après on me dit que c’est moi l’intolérant ? Pas sûr. J’aimerais dire 2 choses aux gens qui gèrent cette page Facebook: D’abord bienvenue au Québec, où le désaccord est accepté. Ensuite bienvenue sur l’Internet, où les gens qui ont des opinions différentes aux vôtres peuvent les exprimer sans avoir peur de se faire censurer. C’est une chose que d’utiliser les médias sociaux et de prêcher l’ouverture, c’en est une autre que de vivre à la hauteur des principes que l’on croit défendre.

le TViste

Le documentaire portant sur le port du voile islamique diffusé sur RDI ce soir oscillait entre l’espoir et le désespoir complet. Globalement, le film porte sur une femme-mouton, une suiveuse qui, croyant évoluer au rythme de sa propre liberté, se retrouve à se soumettre aux différentes personnes qui l’entourent. On a le goût d’applaudir à la fin quand elle décide d’enlever son voile, mais on comprend bien qu’il s’agit essentiellement d’un choix esthétique, et qu’elle continuera de se soumettre aux dogmes religieux qui lui sont imposés par un gars qui a écrit un livre il y a 1400 ans. Triste histoire d’une femme soumise qui cherche à qui se soumettre.

Tout commence quand elle rencontre un homme musulman il y a plusieurs années. Première soumission, à son mari. Comme par hasard, c’est précisément au moment où elle tombe amoureuse de cet homme qu’elle sent l’appel de dieu vers l’Islam. Le mari, on le voit au début du film. Sa femme lui pose la question: ‘Que ferais-tu si ta fille décidait de ne pas porter le voile ?’. À cela il répond qu’il ne la battra pas. Mais quelle grandeur d’âme! Quel grand homme! Il fait l’honneur à sa fille de ne pas la battre. Ça, c’est le musulman du 21e siècle: un homme moderne et ouvert. Ensuite il dit à sa fille : ‘Le choix de porter le voile tu peux le faire un peu plus tard, ça ne dérange pas si ça prend un peu plus de temps. L’important c’est que tu fasses comme ta mère. Fais comme ta mère et tout ira bien. Fais ta prière et le voile tu le mettras quand tu seras prête.’. Très intéressant. Parce que les musulmans convertisseurs qui cherchent des québécoises à convertir depuis quelques années et qui s’affichent à la télévision ne cessent de discourir dans les documentaires prêchi-prêcha sur l’ouverture, sur le fait qu’il est important d’accepter les choix de tous, de laisser les gens libres de suivre leur foi. Visiblement, ils ne laissent pas cette liberté à leurs propres enfants. Les douleurs que ces québécoises converties à l’Islam imposent à leurs parents catholiques en se convertissant, elles ne voudraient jamais que leurs enfants leurs imposent à elles ou à leur mari. Dans les 30 premières minutes du documentaire, on entend au moins 5 fois la mère dire à sa fille : En tout cas tu es musulmane ça c’est sûr, peu importe si tu ne portes pas le voile. Ah oui ? J’aurais aimé entendre la fille sur le sujet.

Ensuite, on rencontre les parents de la réalisatrice, qui sont probablement les seules personnes sensées dans l’ensemble du documentaire. Cette scène est très intéressante car on y apprend que les parents sont en total désaccord avec le choix de vie de leur fille. Leur souhait est que les petits enfants ne restent pas dans la religion musulmane. Du propre aveu de la réalisatrice, sous forme de narration, cette rencontre avec ses parents la fait réfléchir sur son choix de porter le voile. Elle remet tout en question quant au port du voile. Deuxième soumission, à ses parents. C’est après quelques rencontres avec des femmes musulmanes qu’elle décide d’enlever le voile. Elle nous explique alors qu’elle portait le voile par conformisme et parce qu’elle était entourée de femmes portant le voile. Troisième soumission, au milieu social.

Finalement l’histoire du voile, c’est une histoire de soumission. De soumission à dieu, de soumission au milieu social, de soumission au conjoint. Le film ne laisse pas de doute là-dessus. On peut souscrire à la néo-vision du voile qu’on nous sort depuis quelques années; qu’il s’agit d’un cheminement personnel, d’un choix, d’une décision que la musulmane prend lorsqu’elle est prête et qu’elle le veut, or je vous le garantis, il n’y a pas de choix libre dans un tel contexte de pression sociale. Il n’y a pas de choix libre quand votre père vous dit que vous pouvez prendre votre temps mais qu’un jour ou l’autre vous devrez le porter. Il n’y a pas de choix libre quand c’est la seule façon d’accéder à certaines mosquées. Il n’y a pas de choix libre quand toutes s’entendent pour dire que le commandement est une prescription venant directement de Dieu et qu’on pourrait avoir des problèmes lorsqu’on se retrouvera devant Dieu si l’on n’a pas porté le voile. En laissant un espace démesuré à ces québécoises converties à l’Islam depuis quelques années à la télévision québécoise, on empêche non seulement la diffusion de documentaires sur les gens les plus intéressants et les plus intelligents de notre société, mais on tire la société québécoise vers le bas, vers le passé, vers ce qu’elle était il y a 100 ans. Plutôt que de la projeter vers l’avant, on encourage les comportements et les idées religieuses passéistes qui substituent à la libre pensée la soumission aveugle et stupide à des commandements venant d’un autre pays, d’un autre temps, et d’une autre société.

En dehors du domaine religieux, j’aimerais aussi commenter la qualité du documentaire en tant que tel. Il s’agit d’un documentaire de très basse qualité. Quand vous êtes réalisatrice, sujet principal, narratrice, et interviewée dans votre propre film, il faut commencer à se poser la question si ce dont on a besoin ce n’est pas plus d’une psychothérapie que d’un documentaire.

le TViste

Trauma et l’incapacité québécoise

Mercredi, 6 janvier, 2010
publié par le TViste 8:11

Hier avait lieue la première de Trauma, une série télévisée sur le monde de la traumatologie et une démonstration de l’incapacité typiquement québécoise de produire des séries télévisées innovantes. On dirait que tout ce que les auteurs de séries fictives québécois sont capables d’écrire revient toujours plus ou moins à une incursion dans un monde, un univers. Les Machos, une incursion dans le monde des vendeurs de char. Scoop, une incursion dans le monde du journalisme. Mirador, une incursion dans le monde des relations publiques. Virginie, une incursion dans le monde scolaire. Un homme mort, une incursion dans le monde de la police et dans le monde des finances frauduleuses. Vice caché, une incursion dans le monde de la banlieue. Les Boys, une incursion dans le monde des ligues de garage. Km/h, une incursion dans le monde des chroniqueurs automobile. Detect.Inc., une incursion dans le monde des détectives. Et maintenant Trauma, une incursion dans le monde de la traumatologie.

On pardonnera Lise Payette pour Les Machos, parce qu’on peut comprendre que dans les années 1990, c’était comme ça que l’on écrivait. Mais 20 ans plus tard, qu’on en soit encore là, c’est pathétique. Surtout quand provient des États-Unis une tonne d’exemples de séries brillantes, bien écrites, qui pourraient être filmées avec les budgets québécois. Prenez Lost. Lost n’est pas une incursion dans un monde. C’est une série épique qui aborde les liens entre le passé et le présent, qui ajoute une charge émotive très forte dans les scènes en passant du passé vers le présent, et qui constitue aussi un très très bon show de science-fiction. Or Lost aurait pu être réalisé au Québec. Malgré les coûts énormes que cette série peut représenter aux États-Unis, la situation aurait été complètement différente au Québec. Simplement parce que les coûts les plus importants sont dus au déménagement de l’équipe de tournage en Hawaii, au salaire élevé des acteurs américains, et aux effets spéciaux qui de toutes façons ne constituent pas une composante essentielle de cette série. Un auteur québécois intelligent aurait pu créer une série du même calibre. Peut-être que ça ne se serait pas filmé sur une île, peut-être qu’il y aurait moins d’effets spéciaux et d’avions qui crashent, mais l’essentiel de Lost, c’est d’abord un scénario à couper le souffle. Or nous n’avons pas ces talents. Un autre exemple ? Dexter. Dexter n’est pas une incursion dans le monde des policiers, ni une incursion dans le monde des tueurs en série. C’est une série basée sur la psychologie d’un personnage, Dexter. Pourquoi nos auteurs québécois sont-ils incapables de créer une série basée sur la psychologie d’un personnage extraordinaire (et n’allez pas me citer Annie et ses hommes en exemple, je vous en prie) ? Une série genre Dexter aurait pu être produite au Québec pour des coûts semblables à Trauma. Un bureau de travail, une maison, et des scènes de crimes extérieures éparpillées à travers le scénario. 5 ou 6 personnages majeurs. Ce qui nous manque, c’est le génie pour l’écrire.

Le monde de la télévision québécoise n’a plus d’excuses; l’argent, ils l’ont. Qu’ils se concentrent donc à former une génération d’auteurs intelligents qui pourront écrire des scénarios à couper le souffle plutôt que de nous jouer du violon dans une salle d’urgence avec les histoires du frère d’un tel qui a coursé avec le fils de l’autre et qui n’a pas pu être sauvé malgré les efforts des médecins. C’est du mauvais Grey’s anatomy.

Le pire c’est que Trauma m’a donné espoir pendant quelques secondes. Il y a eu une scène où on voyait le passé du médecin. Je me suis dit qu’ils s’étaient peut-être inspiré de Lost. Malheureusement ça n’a mené à rien, et il n’y a pas eu de flashbacks supplémentaires. Même s’il y en avait eu et que l’on aurait fait une série dans laquelle on alterne entre le passé et le futur, ç’aurait été 5 ans en retard par rapport aux États-Unis avec Lost. Prenons donc quelques années pour former des jeunes esprits à bien écrire, mettons donc un peu d’argent de côté pendant ces quelques années et évitons de produire plus de déchets télévisuels. Quand on reviendra de cette période de réflexion, la télévision québécoise aura évolué.

le TViste

Le genre d’humour au second degré dont le Québec se prive.

Mercredi, 18 novembre, 2009
publié par le TViste 10:20

Le 31 décembre 2008, avec le Bye Bye 2008, Radio-Canada retentait l’expérience de l’humour au second degré qui avait depuis plusieurs dizaines d’années caractérisé les différents Bye Bye. Malheureusement, cette année-là, un groupe d’extrémistes spécialisé dans la culpabilisation de masse avait décidé qu’il était temps de nettoyer le Québec de toute référence aux canadiens, aux immigrants ou à Nathalie Simard, et que l’époque de l’humour plate et insensé devait être ramenée, de force s’il le fallait. En se pliant aux divagations de ces soi-disant défenseurs de la tolérance et en ne produisant pas de Bye Bye 2009, la société québécoise se prive d’un genre d’humour dont elle possède le secret, tel qu’elle l’a montré à plusieurs reprises, entre autres à travers les émissions de RBO.

Pendant que les québécois se demandent si on peut ou non parler des phénomènes de société les plus importants pour le Québec à la télévision, d’autres nations n’hésitent pas à aborder ces sujets par le billet de l’humour au second degré, le même genre d’humour que Jean-François Mercier utilisait lors du Bye Bye 2008. C’est ce que fait chaque soir Stephen Colbert de l’émission The Colbert Report, à Comedy Central. Stephen Colbert est en fait un américain de gauche qui parodie un animateur de téléjournal de droite qui s’opposerait au mariage gai et qui adopterait la plupart des positions du parti républicain. Dans ce vidéo, à 5:00, il prend position contre le mariage gai et se porte à la défense de l’Église qui est bouleversée par la possibilité que des homosexuels puissent se marier. Il accuse les homosexuels de vouloir s’approprier les … :

[...] trucs les plus amusants dans le mariage comme… comme le droit de déterrer la dépouille de son époux. C’est de l’homosexualité après la mort, ce sont des genres de zombies-homosexuels. Ces zombies-homosexuels commencent par le droit au mariage, mais ce qui les intéressent vraiment c’est de contrôler notre cerveau. Et puis comment les gens sont-ils supposés pouvoir reposer en paix si ils savent qu’à quelques tombes d’eux, deux hommes sont morts et gais! Dieu a dit que ceux qui étaient reliés sur terre étaient rassemblés au ciel, si on commence à enterrer les homosexuels ensemble ils seront ensemble au paradis! [...] Si on veut que les homosexuels meurent comme ils ont vécu selon leur état légal actuel, ils doivent mourir comme on leur demande de vivre : dans l’invisibilité.

Toute personne avec un minimum de quotient intellectuel pourra écouter l’extrait et conclure qu’il s’agit d’humour au second degré et que Stephen Colbert n’est pas opposé au mariage gai, mais qu’il veut plutôt ridiculiser ceux qui le sont. Si les gens, même les américains, sont capables de faire la différence lorsqu’il s’agit de Stephen Colbert, pourquoi est-ce que les Québécois ne seraient pas capable de reconnaître le deuxième degré dans l’humour de Jean-François Mercier lorsqu’il a fait son sketch sur le Canada anglais ou sur Barack Obama au Bye Bye 2008 ? Pourtant le montage de la scène et le genre de propos se ressemblent énormément. Pourquoi des gens crient-ils au racisme lorsqu’un sketch ne fait qu’aborder le fait que Barack Obama est noir ou que le Canada anglais est différent ? Deux possibilités: soit qu’ils sont incroyablement stupides, ou ils sont de mauvaise foi et ont d’autres objectifs que la simple censure du Bye Bye 2008, ils visent plutôt l’anéantissement de l’identité québécoise dans notre culture télévisuelle.

le TViste

Dans notre superbe démocratie canadienne qui fait rougir tout le monde dans toute le monde, la liberté de religion a priorité sur d’autres libertés – entre autres celle de s’habiller en punk (on banni facilement un adolescent d’une école avec habit obligatoire s’il arrive habillé en punk avec les cheveux roses, mais on tremble devant une jeune fille qui veut porter le voile pour des raisons religieuses). On se retrouve donc dans un pays où la liberté d’expression n’est pas égale pour tout le monde : étant donné que la liberté de religion est montée en mousse par rapport aux autres libertés d’expression, l’athée a moins de droit que la personne religieuse. Les croyances en des idées non-religieuses n’ont pas le même droit à l’exposition publique que les croyances religieuses. Une musulmane peut porter le voile en travaillant chez McDonald’s, mais on ne pourrait pas travailler avec une casquette qui dise : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Au sens légal pourtant, le port du voile ne peut pas être vu comme une utilisation du droit à la liberté de religion: porter le voile c’est plus que vivre sa religion, c’est la diffuser, la montrer à tous. Le port du voile devrait donc être considéré comme un acte non pas de liberté religieuse mais bien de liberté religieuse combiné à la liberté d’expression, et les limites de cette liberté d’expression devraient être les mêmes que les limites imposées à d’autres formes de liberté d’expression. Entre autres, un employeur devrait pouvoir demander à son employée de retirer le voile lorsqu’elle travaille avec le public, tout comme il a le droit de demander à son employé d’enlever sa casquette sur laquelle il est écrit : ‘Je crois en la théorie de l’évolution’. Et quand je parle d’employeur, j’inclus l’état, j’inclus les écoles, et j’inclus les hôpitaux.

Or le déséquilibre entre les idées religieuses et les idées non-religieuses n’est pas seulement symptomatique dans nos institutions, au travail, et dans le système légal canadien. Il est aussi présent dans nos médias. La dernière instance de cet envahissant phénomène est l’invitation de cette soi-disant réalisatrice québécoise qui a fait un film sur le port du voile alors qu’elle ne savait même pas si elle voulait elle-même continuer à le porter. Le problème n’est pas tant ce film en tant que tel mais la masse considérable de petits films-reportages produits sur la question. C’est comme si toute québécoise qui se convertie à l’Islam à cause d’une histoire d’amour folle avec un musulman méritait un reportage de 30 minutes à RDI. Quand va-t-on faire de tels reportages sur des athées qui vivent très bien comme athées ? Il y a à peu près 10 québécoises par année qui se convertissent à l’Islam et il y a à peu près 10 reportages par année sur ces illuminées instantanées. Il y a des dizaine de millier d’athées au Québec. Quelle est la dernière fois où vous avez vu un reportage sur l’athéisme et sur comment ces gens vivent, ce en quoi ils croient ? Pourquoi met-on à l’avant sur notre scène médiatique des cas de bizarreries dont personne ne souhaite la multiplication plutôt que de présenter la vraie diversité des croyances des gens de partout à travers le Québec ?

La télévision traditionnelle est encombrée par un grand nombre de défauts qui la condamnent à court ou à long terme à disparaître au profit d’une télévision du web. D’abord il y a les restrictions de la plage horaire qui font en sorte qu’une émission doive nécessairement durer 30 ou 60 minutes. Puis le fait que les émissions qui sont en compétition pour les moments importants de la semaine comme le dimanche soir se retrouvent à diviser l’auditoire. Imaginez l’augmentation d’auditoire que chaque émission aurait eue si Tout le monde en parle et Occupation Double auraient pu être diffusées sur le web ces dernières années. Les gens auraient pu écouter l’une et l’autre émission lorsque ça leur plaît, à n’importe quel moment de la semaine. Un avantage économique certain; une émission qui fait 1.5 millions en auditoire, ça n’a pas la même valeur qu’une émission qui en fait 3. Mais il y a d’autres désavantages encore plus importants pour la télévision traditionnelle : le musèlement par le CRTC, le politiquement correct, les coûts élevés, l’absence de contact avec la population, l’absence de représentativité de la diversité de la population. La sensibilité aux scandales comme le scandale fantasmé du Bye Bye 2008 qui a empêché la diffusion d’un Bye Bye 2009. Le web n’en a rien à faire de cela; le jour où il y aura autant de  »canaux » que d’émissions, vous aurez beau essayer de soulever un scandale, l’équipe de production qui se sera réunie pour faire l’émission sera déjà dissoute et éparpillée; il n’y aura pas de CRTC à qui se plaindre, pas d’ombudsman à qui écrire, les noms de domaine se recycleront aussi rapidement que les thèmes d’émission de la journée. Les commentaires des saintes vierges offensées résonneront dans Google Cache pour toujours, comme le cri des fourmis sur mon terrain que je n’entends pas. Ils se noieront dans le flux Twitter parmi les autres commentaires; ceux qui ont aimé à fond, ceux qui ont aimé pas pire, ceux qui trouvaient que la robe de l’animatrice ne l’avantageait pas. Joyeux chaos lavé à chaque jour par les tweets du lendemain.

Lorsqu’on regardera en arrière dans quelques dizaines d’années pour chercher à quel moment exactement la télévision web a-t-elle été à même de gruger la télévision traditionnelle, de la remplacer lorsqu’elle fit échec, il se pourrait bien que le 31 décembre 2009 soit une des premières dates qui nous viendra en tête. Effectivement, une équipe de 40 producteurs, réalisateurs et artistes ont décidé de s’associer et de produire des sketchs à saveur humoristique faisant la compilation des évènements qui ont touché le Québec en 2009. L’ensemble des sketchs formera un Bye Bye qui sera diffusé à partir de 19h le 31 décembre 2009. La diffusion d’un Bye Bye sur le web pourrait bien être devenu la solution aux différents problèmes qui ont affecté les Bye Bye depuis plusieurs années. Si l’équipe du Bye Bye 2009 se montre à la hauteur, cette émission web pourrait bien marquer le début de la mort de la télévision traditionnelle au Québec. L’entreprise pourrait aussi s’avérer un flop, tel que suggéré par le non-professionnalisme et l’impertinence de la page web actuelle. Je suis présentement déchiré entre l’espoir et l’attente neutre; mais si l’équipe réussit à produire un Bye Bye de qualité, acide à point, il se pourrait bien qu’une nouvelle page d’histoire en télévision québécoise s’écrive. Quelques conseils aux gens du Bye Bye 2009 : ne vous laissez pas inhiber par la peur du scandale et ne regardez pas les dépenses; produisez le meilleur Bye Bye web qu’il soit possible d’imaginer. Peut-être que vous ne rentrerez pas dans votre argent, mais vous en sortirez avec un honneur et un respect que l’argent ne saurait acheter.

Et n’oubliez pas ceci : personne ne se souviendra de vous pour avoir fait un Bye Bye gentil.

le TViste