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Roman Polanski, Pédophilie et art, Europe vs Amérique
La récente histoire judiciaire avec Roman Polanski m’a rappelé un extrait de la télé française que j’avais écouté il y a quelques années. L’extrait nous montre à quel point la vision de la pédophilie peut être différente en Europe qu’en Amérique. C’est aussi sur le thème de cette différence que portait un récent papier par Stéphane Baillargeon dans Le Devoir. Le journaliste y fait une liste assez exhaustive des différentes réactions des politiciens en Europe qui sont en contraste total avec les réactions des éditorialistes américains.
L’extrait vient d’une émission qui s’appelle On n’est pas couchés, il s’agit de l’émission du dimanche en France, qui remplaça Tout le monde en parle. Les invités sont généralement des politiciens, des artistes, des auteurs, qui viennent défendre leurs œuvres devant les critiques de l’émission : Éric Zemmour, Éric Nauleau, et Michel Polac (qui est maintenant décédé). Voici l’extrait :
En gros, Michel Polac, qui est critique dans cette émission, commence par critiquer le livre de l’invitée Daniela Lumbroso. Il dit ensuite se sentir obligé de déclarer ce qui le lit à l’invitée, une histoire s’étant passée il y a quelques années alors que Michel Polac publiait son journal. Dans celui-ci, il était écrit que Michel Polac s’était déjà masturbé sur un jeune homme de 10 ou 11 ans alors qu’il en avait 40 :
Oui, j’ai vécu cela à 14 ans avec I. J’ai défailli comme on disait au XVIIIe siècle, rien qu’en frôlant son ventre nu avec mon ventre. (…) De même avec un autre I. à 28 ans, il avait 18 ans environ, mais ce fut moins foudroyant car je l’avais pris pour un tapin : et enfin à 40 ans, avec ce curieux gamin un peu bizarre, sauvage, farouche, un rien demeuré, fils de paysan, orphelin peut-être, qui devait avoir 10, 11 ans, peut-être moins, et qui m’a si étrangement provoqué jusqu’à se coucher nu dans ma chambre d’hôtel en me racontant une obscure histoire de relation sexuelle avec un homme de son entourage et je me suis rapproché de lui, et il était nu sur le côté, et j’ai seulement baissé mon pantalon et ai collé mon ventre contre son cul, et j’ai déchargé aussitôt, en une seconde, dans un éblouissement terrible, et il a eu un petit rire surpris comme s’il s’attendait à ce que je le pénètre, il paraissait si expérimenté, si précocement instruit, tout en ignorant ce que cela signifiait, tout en étant capable de préciser ce qu’il savait ou voulait.
Or dans le vidéo, quelle est la défense de Michel Polac ? Il dit tout d’abord que l’invitée est une conne glacée, qu’elle ne sait pas lire, qu’elle est de mauvaise foi, qu’elle est une nunuche, qu’elle s’est attardée à 10 lignes plutôt qu’au livre en entier. Tout ça ne constitue pas une défense terrible. Si l’acte a été fait, il a été fait, peu importe l’importance en proportion dans son journal. Quand Michel Polac affirme qu’elle ment sur l’extrait, l’invitée dit : ‘Mais si, vous allez le retrouver.’ et Laurent Ruquier, l’animateur, lance une blague : ‘Retrouver le petit garçon, peut-être pas!’. Et quelle a été la réaction des français à la révélation de cette information sur Michel Polac ?
J’ai demandé à mon ami français. Ça n’a pas scandalisé les gens de savoir ça ? Il a pu garder son poste ? J’ai soulevé l’exemple de Gilles Proulx, ici, qui avait été congédié parce qu’il avait soulevé la possibilité une fois qu’une victime de viol l’avait cherché. Mon ami français m’a répondu ceci : ‘Tu sais, c’est Michel Polac, et puis il était vieux alors on allait quand même pas se lancer dans une chasse à la sorcière, personne ne voulait s’en prendre à lui de toute façon et c’est normal.’
On est pas loin de l’argumentaire des défendeurs de Roman Polanski comme Christian Mistral. Ces gens ne cessent de nous rappeler que les évènements se sont passés il y a 30 ans. Ils ne cessent de victimiser le criminel. Ils nous rappellent dans chacun de leurs argumentaires que Roman Polanski était un grand homme qui allait chercher son Prix, pire encore, ils traitent les gens qui sont pour l’application de la justice d’incultes ou, disent-ils, nous sommes confus (écouter à partir de 15:00).
Tout ça s’ajoute aux auteurs européens tels que Frédéric Mitterand (aussi ministre de la culture) qui décrit sa participation au tourisme sexuel avec de »jeunes garçons » : son gouvernement le supporte, les »jeunes garçons » en question étaient tous majeurs disent-ils.
Est-ce faire un amalgame que de parler de tout ces évènements tel que le suggère Frédéric Beigbeder ? Je ne crois pas. Si les artistes et auteurs européens ne veulent pas être associés à ces actes de pédophilie, ils devraient simplement prendre position contre les pédophiles, sans laisser de doute. C’est ce que plusieurs artistes québécois avaient fait suite à l’annonce que Guy Cloutier était pédophile. Ils se sont dissociés publiquement, et aujourd’hui on ne se souvient même plus qu’ils avaient déjà été amis. En prenant la défense d’accusés dans des histoires judiciaires en cours, les artistes qui prennent position publiquement risquent de laisser croire au public qu’ils ne considèrent pas la pédophilie comme un crime grave. Qu’ils cessent de nous accuser de faire des amalgames et d’être confus quand c’est eux-mêmes qui amplifient cette confusion.
Celui qui est confus si vous voulez mon avis, c’est Christian Mistral quand il fait l’apologie du bon vieux temps dans cet extrait (18:30). Il y a 25 ans, dit-il, c’était une autre époque. Le crime commis par Roman Polanski n’était pas vu comme aussi grave à l’époque et il ne faut pas juger un vieux crime avec les critères d’aujourd’hui. Wow. On en vient presque à espérer que le Doc Mailloux revienne nous crier après à la radio qu’il reste un fond d’appui latent aux pédophiles au Québec.
le TViste
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