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Quand un journaliste se prononce sur l’Internet, c’est un peu comme lorsqu’une poule sans tête se prononce sur la politique étrangère de l’Inde: faut pas s’attendre à un prix Nobel. C’est ainsi que récemment quelques membres de l’aristocratie journalistique de Radio-Canada et d’autres chaînes françaises se sont regroupés au Périgord pour déguster le canard à l’orange et mettre en œuvre une vaine entreprise vouée à tester les réseaux sociaux quant à leur capacité à informer. Ils appellent ça Huis clos sur le Net et ça consiste en une bande de journalistes moyens qui disent s’isoler en n’ayant accès qu’à Facebook et Twitter comme sources d’informations, comme si leur expérience personnelle, cette découverte si fascinante pour eux de réseaux qui existent depuis plusieurs années avait une pertinence sociale pour l’ensemble de la planète. Leur objectif est donc de voir si en se privant des médias traditionnels, quelqu’un peut arriver à être informé. L’idée ne serait pas complètement folle si l’expérience n’était pas teintée d’un manque de rigueur, d’un snobisme et d’une maladresse caractéristiques des journalistes traditionnels lorsqu’ils parlent de l’Internet.

D’abord permettez-moi de rire un peu du concept: ce n’est pas tous les jours que l’on laisse un journaliste être juge, juré, accusé, et procureur de la couronne en même temps. On le sait, le journalisme tel qu’il est pratiqué ces temps-ci est remis en question, essentiellement par la présence d’autres sources d’information et de commentaire dans les nouveaux médias. De voir une bande de journalistes décider eux-mêmes si oui ou non ces nouvelles sources d’information sont pertinentes laisse un goût d’URSS dans la gorge. C’est une faute grave que de croire que la capacité du journaliste à s’informer ou non sur Twitter est d’un quelconque intérêt pour déterminer la pertinence de ces réseaux pour le consommateur d’information. C’est comme de savoir si Henry Ford serait confortable dans la Matrix de Toyota, ou si le colonel Sanders aimerait les Big Mac. On s’en fout. De toutes façons, la population s’est dirigée vers ces réseaux alors ce n’est certainement pas de la capacité ou non des bénéficiaires de l’ancien système à comprendre le nouveau qu’émergera la réponse à la question de l’utilité de ce nouveau système.

Ensuite, il y a dans cette expérience une prétention incroyablement infantilisante: que la personne qui consomme de l’information par le biais de Twitter, Facebook, ou l’Internet en général ne fait QUE ça. Comme si l’aspect huis clos avait une quelconque correspondance avec la réalité. Les réseaux sociaux, c’est tout le contraire du huis clos. Ce sont des catalyseurs, des lieux de découvertes qui nous permettent de cliquer sur un lien, puis un autre, puis de suivre différents chemins qui nous mènent vers notre information. Le consommateur de Twitter et Facebook, il a aussi la télévision qui est allumée en background, il écoute RDI, il a la radio, et il reçoit probablement des journaux. La position de lutte à finir dans laquelle l’expérience place les médias sociaux par rapport aux médias traditionnels montre bien le malaise de la caste journalistique quant à l’Internet. Comme s’il fallait nécessairement en venir à une lutte finale et intense dans laquelle l’un ou l’autre des moyens de s’informer gagne.

Finalement, à quoi bon appeler ça une expérience si les conclusions sont écrites dans le ciel d’avance ? Est-ce que vous croyez vraiment que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « L’internet c’est de la marde. Vive les médias traditionnels. » Non. Ça n’arrivera pas. Pensez-vous que les journalistes qui vont sortir de cette expérience vont dire: « Les médias traditionnels c’est de la marde. Vive l’Internet. » Non. Ça n’arrivera pas non plus. Ce qui va arriver, c’est qu’ils vont sortir de cette expérience en nous disant qu’il y a un peu de bon dans tout, que l’Internet est un regroupement du meilleur et du pire, que les médias traditionnels préservent leur importance. Bref, des généralités tellement évidentes qu’elles auraient pu faire l’objet d’un exposé oral d’un enfant de 1ere année du primaire.

La caste journalistique n’a ni les capacités intellectuelles ni la capacité à l’objectivité nécessaires pour faire une vraie réflexion sur le rôle de l’Internet dans la transmission de l’information. Qu’ils laissent ça aux vrais scientifiques qui peuvent étudier la question à froid et sans a priori. Non seulement leur petite campagne de propagande/docu-reportage sent l’ignorance à des kilomètres, mais en s’adonnant à un exercice aussi débile ils perdent le peu de crédibilité qu’ils ont encore quant à la question de l’Internet.

le TViste

* P.S. L’entreprise ridicule a aujourd’hui repoussé les frontières de l’incompétence qu’elle avait elle-même tracé. Il semble effectivement que les journalistes-roi auto-proclamés doivent être avertis par les lecteurs de leur blogue à cause de la piètre qualité de leur français écrit. Les textes sont parsemés de fautes évidentes comme l’accord de verbes au participe passé à l’indicatif présent: Voyez ici par exemple. Reconnaîtrait-on la vraie valeur du journaliste que lorsqu’il est laissé à lui-même pour écrire ses textes ?

Roman Polanski, Pédophilie et art, Europe vs Amérique

Samedi, 10 octobre, 2009
publié par le TViste 3:28

La récente histoire judiciaire avec Roman Polanski m’a rappelé un extrait de la télé française que j’avais écouté il y a quelques années. L’extrait nous montre à quel point la vision de la pédophilie peut être différente en Europe qu’en Amérique. C’est aussi sur le thème de cette différence que portait un récent papier par Stéphane Baillargeon dans Le Devoir. Le journaliste y fait une liste assez exhaustive des différentes réactions des politiciens en Europe qui sont en contraste total avec les réactions des éditorialistes américains.

L’extrait vient d’une émission qui s’appelle On n’est pas couchés, il s’agit de l’émission du dimanche en France, qui remplaça Tout le monde en parle. Les invités sont généralement des politiciens, des artistes, des auteurs, qui viennent défendre leurs œuvres devant les critiques de l’émission : Éric Zemmour, Éric Nauleau, et Michel Polac (qui est maintenant décédé). Voici l’extrait :

En gros, Michel Polac, qui est critique dans cette émission, commence par critiquer le livre de l’invitée Daniela Lumbroso. Il dit ensuite se sentir obligé de déclarer ce qui le lit à l’invitée, une histoire s’étant passée il y a quelques années alors que Michel Polac publiait son journal. Dans celui-ci, il était écrit que Michel Polac s’était déjà masturbé sur un jeune homme de 10 ou 11 ans alors qu’il en avait 40 :

Oui, j’ai vécu cela à 14 ans avec I. J’ai défailli comme on disait au XVIIIe siècle, rien qu’en frôlant son ventre nu avec mon ventre. (…) De même avec un autre I. à 28 ans, il avait 18 ans environ, mais ce fut moins foudroyant car je l’avais pris pour un tapin : et enfin à 40 ans, avec ce curieux gamin un peu bizarre, sauvage, farouche, un rien demeuré, fils de paysan, orphelin peut-être, qui devait avoir 10, 11 ans, peut-être moins, et qui m’a si étrangement provoqué jusqu’à se coucher nu dans ma chambre d’hôtel en me racontant une obscure histoire de relation sexuelle avec un homme de son entourage et je me suis rapproché de lui, et il était nu sur le côté, et j’ai seulement baissé mon pantalon et ai collé mon ventre contre son cul, et j’ai déchargé aussitôt, en une seconde, dans un éblouissement terrible, et il a eu un petit rire surpris comme s’il s’attendait à ce que je le pénètre, il paraissait si expérimenté, si précocement instruit, tout en ignorant ce que cela signifiait, tout en étant capable de préciser ce qu’il savait ou voulait.

Or dans le vidéo, quelle est la défense de Michel Polac ? Il dit tout d’abord que l’invitée est une conne glacée, qu’elle ne sait pas lire, qu’elle est de mauvaise foi, qu’elle est une nunuche, qu’elle s’est attardée à 10 lignes plutôt qu’au livre en entier. Tout ça ne constitue pas une défense terrible. Si l’acte a été fait, il a été fait, peu importe l’importance en proportion dans son journal. Quand Michel Polac affirme qu’elle ment sur l’extrait, l’invitée dit : ‘Mais si, vous allez le retrouver.’ et Laurent Ruquier, l’animateur, lance une blague : ‘Retrouver le petit garçon, peut-être pas!’. Et quelle a été la réaction des français à la révélation de cette information sur Michel Polac ?

J’ai demandé à mon ami français. Ça n’a pas scandalisé les gens de savoir ça ? Il a pu garder son poste ? J’ai soulevé l’exemple de Gilles Proulx, ici, qui avait été congédié parce qu’il avait soulevé la possibilité une fois qu’une victime de viol l’avait cherché. Mon ami français m’a répondu ceci : ‘Tu sais, c’est Michel Polac, et puis il était vieux alors on allait quand même pas se lancer dans une chasse à la sorcière, personne ne voulait s’en prendre à lui de toute façon et c’est normal.’

On est pas loin de l’argumentaire des défendeurs de Roman Polanski comme Christian Mistral. Ces gens ne cessent de nous rappeler que les évènements se sont passés il y a 30 ans. Ils ne cessent de victimiser le criminel. Ils nous rappellent dans chacun de leurs argumentaires que Roman Polanski était un grand homme qui allait chercher son Prix, pire encore, ils traitent les gens qui sont pour l’application de la justice d’incultes ou, disent-ils, nous sommes confus (écouter à partir de 15:00).

Tout ça s’ajoute aux auteurs européens tels que Frédéric Mitterand (aussi ministre de la culture) qui décrit sa participation au tourisme sexuel avec de  »jeunes garçons » : son gouvernement le supporte, les  »jeunes garçons » en question étaient tous majeurs disent-ils.

Est-ce faire un amalgame que de parler de tout ces évènements tel que le suggère Frédéric Beigbeder ? Je ne crois pas. Si les artistes et auteurs européens ne veulent pas être associés à ces actes de pédophilie, ils devraient simplement prendre position contre les pédophiles, sans laisser de doute. C’est ce que plusieurs artistes québécois avaient fait suite à l’annonce que Guy Cloutier était pédophile. Ils se sont dissociés publiquement, et aujourd’hui on ne se souvient même plus qu’ils avaient déjà été amis. En prenant la défense d’accusés dans des histoires judiciaires en cours, les artistes qui prennent position publiquement risquent de laisser croire au public qu’ils ne considèrent pas la pédophilie comme un crime grave. Qu’ils cessent de nous accuser de faire des amalgames et d’être confus quand c’est eux-mêmes qui amplifient cette confusion.

Celui qui est confus si vous voulez mon avis, c’est Christian Mistral quand il fait l’apologie du bon vieux temps dans cet extrait (18:30). Il y a 25 ans, dit-il, c’était une autre époque. Le crime commis par Roman Polanski n’était pas vu comme aussi grave à l’époque et il ne faut pas juger un vieux crime avec les critères d’aujourd’hui. Wow. On en vient presque à espérer que le Doc Mailloux revienne nous crier après à la radio qu’il reste un fond d’appui latent aux pédophiles au Québec.

le TViste